Samedi matin, 9h40
À toutes et à tous qui avaient suivi la course de Patrick, bonjour !
12 jours 5 heures et 34 minutes !!! IL A REUSSI !!! Il a atteint Atlantic city dans les délais !!!! C'est son temps officiel, celui qu'il a établi en arrivant 10 minutes avant la clôture officielle de la course ! Incroyable mais vrai, digne du plus grand film de Hichkock (encore lui, mais je crois que c'était vraiment le roi du suspens, non ?) Nous venons de vivre quelque chose de fantastique, et cette dernière journée a été épique, mémorable, formidable, incroyable, sensationnelle, démentielle, et j'en passe ! Mais il faut revenir en arrière pour le comprendre. Alors allons-y ! Je vous avais quittés dans une situation bien désastreuse jeudi après-midi où, pour nous, il ne s'agissait plus de penser aux délais, mais juste à : comment arriver ? Patrick était en route pour la montagne où nous l'avons supporté sans relâche, tous ensemble durant toute l'étape. Et je ne sais pas si cela l'a vraiment aidé, mais toujours est-il qu'en ne pédalant que sur une jambe, il a gravi dans la douleur, sous la pluie, et à un rythme de tortue (si si, il faut le dire !) chaque col, un à un, patiemment mais assurément ! Et c'est dans une joie (largement dissimulé) qu'il en a terminé vers 18h45 en atteignant la « time station » 51 de Hancock Mouillé, épuisé, mais toujours debout, nous l'avons requinqué avec un repas bien chaud afin qu'il puisse remonter en selle à 19h15 ! Inutile de vous dire qu'une course contre la montre venait de démarrer et que chaque minute avait valeur de pépite d'or. Nous savions à ce moment-là que tout se jouerait en fonction de la nuit, de comment celle-ci serait négociée et de comment la jambe de Patrick voudrait ou non rendre son âme aux dieux de la course L'étape suivante jusqu'à Rouzerville s'est réalisée sous la clémence d'un ciel redevenu clair et lumineux, laissant scintiller une à une les étoiles qui étaient venues assister, en première loge, à cet exploit sportif. Mais le froid a rapidement saisi notre homme qui luttait déjà contre la fatigue. Sans doute est-ce là qu'une équipe joue pleinement son rôle en apportant les solutions logistiques à ce type de problème. C'est ainsi que nous avons pu lui offrir, à 4h20 du matin, au point final de cette étape qu'il a franchie en un peu moins de 10 m.p.h. de moyenne, un repas chaud et du café, sur un bord de route, perdus que nous étions dans cette petite bourgade américaine. L'équation devenait de plus en plus mathématique et logique. Voyez-vous mêmes. Vous prenez un « road book » de la RAAM, vous portez votre regard en bas à droite pour y lire le nombre de miles à parcourir jusqu'à l'arrivée (ici 178,6), vous regardez ensuite votre montre (4h30), vous réfléchissez à l'heure de clôture officielle (16h30) : vous calculez en bon mathématicien (de base) qu'il vous reste donc 12h de course pour faire ce nombre de miles avec une jambe boiteuse et là, vous vous dites, bien qu'étant français : IMPOSSIBLE ! Pourquoi ? Parce que ça fait une moyenne de 14,8 miles par heure, alors que Jure Robic, le vainqueur a établi une moyenne de 14,38 miles par heure sur l'ensemble de la course ! Gloups Pour autant, si le calcul paraissait incontestablement délicat, une donnée restait à prendre en compte : le profil des 3 dernières étapes était descendant quasiment jusqu'à l'arrivée. Une seule étape nous effrayait encore et allait être capitale : la liaison 53-54 de 68 miles qui proposait un parcours cassant de « rollers » (traduction : pente, montée, pente, montée ). Nos calculs (savants bien sûr !) faisaient état d'une arrivée possible entre 10h et 10h30 selon la forme des jambes du principal intéressé, et de sa capacité à ne pas dormir du tout ou alors juste une ou deux tranches de 10 minutes (ben quoi, vous n'avez jamais passé 30h de votre vie en ne dormant que 3 x 10 minutes ? Essayez, vous verrez, c'est facile !). En ce qui concerne l'équipe, tout le monde était « à bloc » et il s'agissait pour chacun de faire au mieux afin de mettre Patrick dans les meilleures conditions possibles pour cette fin de course. Et je vous le garantie, cette équipe, tout aussi hétérogène qu'elle puisse être, c'est une vraie machine de compétition (ça y est, encore des fleurs !). Vers 8h du matin, c'est un grand pré vert d'une herbe bien dodue qui a attiré Patrick comme un aimant ! Il est descendu de vélo et a dit : « Il faut que je dorme ! » (on sait mon bonhomme, mais t'as pas trop le temps quand même là !). Eh bien si, il s'est allongé comme un bienheureux et s'est endormi en exactement 2,8 secondes ! Et pendant ce temps-là, Rees, le dernier concurrent de la course que nous avions redoublé dans la nuit, est repassé devant Saperlipopette ! Bon, 10 minutes après, on l'a secoué et Anne-Cécile lui a dit : Allez mon amour (je suppose), il serait peut-être temps d'y aller là, non ? Au final, il est arrivé à 10h15 à la « time station » 54, pays des Amish et de leurs carrioles[1] (appelés « Buggy ») que nous avons croisées sur le chemin, dans une ambiance très conviviale et soutenu par les volontaires de la RAAM qui accueillent les coureurs dans ces temps d'arrêt. Nouveau calcul : 110,1 divisées par 6h restantes = 18,35 m.p.h Aie aie aie, ça se complique ! Allez, on ne se démonte pas, on y croit ! Départ 10h40 (25 minutes après Rees), le temps d'un repas (c'est que ça mange ces petites bêtes là !) et le voilà parti pour le sprint final ! Première bonne nouvelle : ça descend pas mal ! La tête dans le guidon comme on dit, il réalise une première heure à 19,5 de moyenne, juste de quoi nous mettre l'eau à la bouche, mais aussi beaucoup de stress ! Vous savez, c'est comme quand vous regardez la course de Marie José Perec à la télé et que vous vous surprenez à crier : allez allez ! C'est dans cette étape qu'on s'est tous mis à y croire parce qu'il l'a finie en 2h32, soit une arrivée à 13h12 ! (19h48 de moyenne !) On l'a alors « chargé » dans le camion (point de règlement de la RAAM) pour traverser le grand pont « Delaware Mémorial Twin Span Bridges », soumis à une circulation trop intense et dangereuse pour que les coureurs le traversent en vélo. Et c'est ici qu'a commencé la vraie course, celle contre la montre (c'est le cas de la dire !) pour rallier Atlantic city et sa dernière « time station » (N°56), soit 50,5 miles à parcourir en 3h pétantes sur un profil de course on ne peut plus plat ! Moyenne à réaliser : 16,83 ou si vous préférez 27,08 km/h après 2981,7 miles ! Et c'est parti ! Inutile de vous raconter l'ambiance dans les vans entre frayeur, calculs incessants, stress, joie, bonne humeur, mauvaise humeur, bref tous les ingrédients pour une recette gagnante ! Au bout de 20 miles, l'élément de motivation supplémentaire s'est concrétisé dans les feux arrières et clignotants du van de Rees qui devenait la cible, que dis-je, la proie à dévorée toute crue. Chose faite et bien faite (Vrouuummm ! Vous vous souvenez ?), ramenant notre Patrick national des profondeurs du classement vers les profondeurs moins profondes du classement. Mais, enfin, à 16h20, heure locale, heure de la RAAM, Patrick Autissier, France, Boston (MA), N° 191, a atteint la dernière « time station » de cette course merveilleuse !!! Yahou !!! Et paradoxalement, la liesse n'était pas au rendez-vous, pas encore du moins, parce qu'il y avait une procédure à suivre pour aller rejoindre le centre ville en suivant une voiture officielle. C'est au « banquet » final que les coeurs se sont laissé aller, que les embrassades ont eu lieu et qu'une bonne bière de l'amitié (enfin une récompense !) ont scellé le sort de cet homme et de son équipe, en présence de tous les autres concurrents, des organisateurs, des autres équipes Moment intense de camaraderie où tout le monde se congratule de ces efforts inouïs Puis est arrivé l'instant tant attendu, alors que Patrick avait encore son short et son T-shirt de cycliste, d'annoncer le classement officiel (Dernier ! Parce qu'il a eu les pénalités ajoutées à son temps Mais après tout, ne se souvient-on pas du premier et du dernier ?) où chaque coureur a été récompensé d'un cadre avec sa photo (mais oui, c'est tout ! Vous pensiez qu'on allait gagner des millions ? Eh ben non ) et d'une photo officielle derrière la banderolle : 12 jours 5 heures et 34 minutes de plaisir, de bonheur, de joie, de rigolade, de souffrance, de sentiments forts, d'énervement, de sourires, de sales têtes, de bonne et mauvaise humeurs, d'abnégation et d'amitié, tout simplement, à travers Patrick à qui, reconnaissons le tous, il revient le mérite d'un bel et grand exploit : celui d'avoir traversé l'Amérique à bicyclette C'est beau, non ? Allez, cette fois-ci je vous laisse, ce fut un plaisir de vous donner quelques infos et c'est non sans émotion que je vous dis, pour une dernière fois Au revoir les amis et j'espère à bientôt
Jérôme
Ps : Christian embrasse Angéline, une fidèle supportrice
Ps 2 : Les autres membres de l'équipe embrassent tous leur famille
PS 3 : J'embrasse Emmanuelle de tout mon cur
PS 4 : Patrick vous remercie de votre soutien indéfectible sans lequel, finalement, aucun de ces types d'exploit ne peut exister !!
PS 5 : The Race Acroos America est une épreuve qualificative pour une autre course « The Race Around the World » ! Si si je vous jure ! Première étape : le tour de Florac, France Lozère ! Hihihi
Merci
[1] Un peu d'ethnologie. Cette communauté vit encore selon des procédés traditionnels et ne concède aucune mesure à la modernité pour la réalisation des tâches quotidiennes. Ils sont de religion chrétienne anabaptiste qui est fortement présente en Amérique du nord. La première règle amish est :« Tu ne te conformeras point à ce monde qui t'entoure ».