Saturday, June 23, 2007

Jour 12 : Finish Line

Samedi matin, 9h40

À toutes et à tous qui avaient suivi la course de Patrick, bonjour !

12 jours 5 heures et 34 minutes !!! IL A REUSSI !!! Il a atteint Atlantic city dans les délais !!!! C'est son temps officiel, celui qu'il a établi en arrivant 10 minutes avant la clôture officielle de la course ! Incroyable mais vrai, digne du plus grand film de Hichkock (encore lui, mais je crois que c'était vraiment le roi du suspens, non ?)… Nous venons de vivre quelque chose de fantastique, et cette dernière journée a été épique, mémorable, formidable, incroyable, sensationnelle, démentielle, et j'en passe ! Mais il faut revenir en arrière pour le comprendre. Alors allons-y ! Je vous avais quittés dans une situation bien désastreuse jeudi après-midi où, pour nous, il ne s'agissait plus de penser aux délais, mais juste à : comment arriver ? Patrick était en route pour la montagne où nous l'avons supporté sans relâche, tous ensemble durant toute l'étape. Et je ne sais pas si cela l'a vraiment aidé, mais toujours est-il qu'en ne pédalant que sur une jambe, il a gravi dans la douleur, sous la pluie, et à un rythme de tortue (si si, il faut le dire !) chaque col, un à un, patiemment mais assurément ! Et c'est dans une joie (largement dissimulé) qu'il en a terminé vers 18h45 en atteignant la « time station » 51 de Hancock… Mouillé, épuisé, mais toujours debout, nous l'avons requinqué avec un repas bien chaud afin qu'il puisse remonter en selle à 19h15 ! Inutile de vous dire qu'une course contre la montre venait de démarrer et que chaque minute avait valeur de pépite d'or. Nous savions à ce moment-là que tout se jouerait en fonction de la nuit, de comment celle-ci serait négociée et de comment la jambe de Patrick voudrait ou non rendre son âme aux dieux de la course… L'étape suivante jusqu'à Rouzerville s'est réalisée sous la clémence d'un ciel redevenu clair et lumineux, laissant scintiller une à une les étoiles qui étaient venues assister, en première loge, à cet exploit sportif. Mais le froid a rapidement saisi notre homme qui luttait déjà contre la fatigue. Sans doute est-ce là qu'une équipe joue pleinement son rôle en apportant les solutions logistiques à ce type de problème. C'est ainsi que nous avons pu lui offrir, à 4h20 du matin, au point final de cette étape qu'il a franchie en un peu moins de 10 m.p.h. de moyenne, un repas chaud et du café, sur un bord de route, perdus que nous étions dans cette petite bourgade américaine. L'équation devenait de plus en plus mathématique et logique. Voyez-vous mêmes. Vous prenez un « road book » de la RAAM, vous portez votre regard en bas à droite pour y lire le nombre de miles à parcourir jusqu'à l'arrivée (ici 178,6), vous regardez ensuite votre montre (4h30), vous réfléchissez à l'heure de clôture officielle (16h30) : vous calculez en bon mathématicien (de base) qu'il vous reste donc 12h de course pour faire ce nombre de miles avec une jambe boiteuse et là, vous vous dites, bien qu'étant français : IMPOSSIBLE ! Pourquoi ? Parce que ça fait une moyenne de 14,8 miles par heure, alors que Jure Robic, le vainqueur a établi une moyenne de 14,38 miles par heure sur l'ensemble de la course ! Gloups… Pour autant, si le calcul paraissait incontestablement délicat, une donnée restait à prendre en compte : le profil des 3 dernières étapes était descendant quasiment jusqu'à l'arrivée. Une seule étape nous effrayait encore et allait être capitale : la liaison 53-54 de 68 miles qui proposait un parcours cassant de « rollers » (traduction : pente, montée, pente, montée…). Nos calculs (savants bien sûr !) faisaient état d'une arrivée possible entre 10h et 10h30 selon la forme des jambes du principal intéressé, et de sa capacité à ne pas dormir du tout ou alors juste une ou deux tranches de 10 minutes (ben quoi, vous n'avez jamais passé 30h de votre vie en ne dormant que 3 x 10 minutes ? Essayez, vous verrez, c'est facile !). En ce qui concerne l'équipe, tout le monde était « à bloc » et il s'agissait pour chacun de faire au mieux afin de mettre Patrick dans les meilleures conditions possibles pour cette fin de course. Et je vous le garantie, cette équipe, tout aussi hétérogène qu'elle puisse être, c'est une vraie machine de compétition… (ça y est, encore des fleurs !). Vers 8h du matin, c'est un grand pré vert d'une herbe bien dodue qui a attiré Patrick comme un aimant ! Il est descendu de vélo et a dit : « Il faut que je dorme ! » (on sait mon bonhomme, mais t'as pas trop le temps quand même là !). Eh bien si, il s'est allongé comme un bienheureux et s'est endormi en exactement 2,8 secondes ! Et pendant ce temps-là, Rees, le dernier concurrent de la course que nous avions redoublé dans la nuit, est repassé devant… Saperlipopette ! Bon, 10 minutes après, on l'a secoué et Anne-Cécile lui a dit : Allez mon amour (je suppose), il serait peut-être temps d'y aller là, non ? Au final, il est arrivé à 10h15 à la « time station » 54, pays des Amish et de leurs carrioles[1] (appelés « Buggy ») que nous avons croisées sur le chemin, dans une ambiance très conviviale et soutenu par les volontaires de la RAAM qui accueillent les coureurs dans ces temps d'arrêt. Nouveau calcul : 110,1 divisées par 6h restantes = 18,35 m.p.h… Aie aie aie, ça se complique ! Allez, on ne se démonte pas, on y croit ! Départ 10h40 (25 minutes après Rees), le temps d'un repas (c'est que ça mange ces petites bêtes là !) et le voilà parti pour le sprint final ! Première bonne nouvelle : ça descend pas mal ! La tête dans le guidon comme on dit, il réalise une première heure à 19,5 de moyenne, juste de quoi nous mettre l'eau à la bouche, mais aussi beaucoup de stress ! Vous savez, c'est comme quand vous regardez la course de Marie José Perec à la télé et que vous vous surprenez à crier : allez allez ! C'est dans cette étape qu'on s'est tous mis à y croire parce qu'il l'a finie en 2h32, soit une arrivée à 13h12 ! (19h48 de moyenne !) On l'a alors « chargé » dans le camion (point de règlement de la RAAM) pour traverser le grand pont « Delaware Mémorial Twin Span Bridges », soumis à une circulation trop intense et dangereuse pour que les coureurs le traversent en vélo. Et c'est ici qu'a commencé la vraie course, celle contre la montre (c'est le cas de la dire !) pour rallier Atlantic city et sa dernière « time station » (N°56), soit 50,5 miles à parcourir en 3h pétantes sur un profil de course on ne peut plus plat ! Moyenne à réaliser : 16,83 ou si vous préférez 27,08 km/h après 2981,7 miles ! Et c'est parti ! Inutile de vous raconter l'ambiance dans les vans… entre frayeur, calculs incessants, stress, joie, bonne humeur, mauvaise humeur, bref tous les ingrédients pour une recette gagnante ! Au bout de 20 miles, l'élément de motivation supplémentaire s'est concrétisé dans les feux arrières et clignotants du van de Rees qui devenait la cible, que dis-je, la proie à dévorée toute crue. Chose faite et bien faite (Vrouuummm ! Vous vous souvenez ?), ramenant notre Patrick national des profondeurs du classement vers… les profondeurs moins profondes du classement. Mais, enfin, à 16h20, heure locale, heure de la RAAM, Patrick Autissier, France, Boston (MA), N° 191, a atteint la dernière « time station » de cette course merveilleuse !!! Yahou !!! Et paradoxalement, la liesse n'était pas au rendez-vous, pas encore du moins, parce qu'il y avait une procédure à suivre pour aller rejoindre le centre ville en suivant une voiture officielle. C'est au « banquet » final que les coeurs se sont laissé aller, que les embrassades ont eu lieu et qu'une bonne bière de l'amitié (enfin une récompense !) ont scellé le sort de cet homme et de son équipe, en présence de tous les autres concurrents, des organisateurs, des autres équipes… Moment intense de camaraderie où tout le monde se congratule de ces efforts inouïs… Puis est arrivé l'instant tant attendu, alors que Patrick avait encore son short et son T-shirt de cycliste, d'annoncer le classement officiel (Dernier ! Parce qu'il a eu les pénalités ajoutées à son temps… Mais après tout, ne se souvient-on pas du premier et du dernier ?) où chaque coureur a été récompensé d'un cadre avec sa photo (mais oui, c'est tout ! Vous pensiez qu'on allait gagner des millions ? Eh ben non…) et d'une photo officielle derrière la banderolle : 12 jours 5 heures et 34 minutes de plaisir, de bonheur, de joie, de rigolade, de souffrance, de sentiments forts, d'énervement, de sourires, de sales têtes, de bonne et mauvaise humeurs, d'abnégation et d'amitié, tout simplement, à travers Patrick à qui, reconnaissons le tous, il revient le mérite d'un bel et grand exploit : celui d'avoir traversé l'Amérique à bicyclette… C'est beau, non ? Allez, cette fois-ci je vous laisse, ce fut un plaisir de vous donner quelques infos et c'est non sans émotion que je vous dis, pour une dernière fois… Au revoir les amis et j'espère à bientôt…

Jérôme

Ps : Christian embrasse Angéline, une fidèle supportrice

Ps 2 : Les autres membres de l'équipe embrassent tous leur famille

PS 3 : J'embrasse Emmanuelle de tout mon cœur

PS 4 : Patrick vous remercie de votre soutien indéfectible sans lequel, finalement, aucun de ces types d'exploit ne peut exister !!

PS 5 : The Race Acroos America est une épreuve qualificative pour une autre course « The Race Around the World » ! Si si je vous jure ! Première étape : le tour de Florac, France Lozère ! Hihihi…

Merci



[1] Un peu d'ethnologie. Cette communauté vit encore selon des procédés traditionnels et ne concède aucune mesure à la modernité pour la réalisation des tâches quotidiennes. Ils sont de religion chrétienne anabaptiste qui est fortement présente en Amérique du nord. La première règle amish est :« Tu ne te conformeras point à ce monde qui t'entoure ».

Jour 11 : RAAM 2007

Jeudi 21 juin 2007, 13h50

Cher(e)s ami(e)s,

Alors que selon mon dernier pointage sur le site de la RAAM, les 6 premiers se dorent déjà la pilule au soleil d'Atlanta, ont profité d'un sauna, de la piscine, de la gentillesse des hôtesses d'accueil, des supporters, des médias, ont mangé un gros steack T-Bone et ont pu boire une bonne bière (c'est pas juste !), la « Autissier Team » poursuit son périple dans les profondeurs du classement. Car c'est bien des profondeurs qu'il faut parler quand on est le dernier des concurrents, non ? Et sans doute l'avez-vous vu par vous-mêmes en surfant sur la toile officielle de l'épreuve. Alors pourquoi me direz-vous ? Comment notre Patrick national a pu en arriver là, à apercevoir puis voir dans son rétroviseur tous ses adversaires un à un ? Vous pensez bien qu'une simple baisse de forme n'aurait quand même pas généré cet état de fait. Explications. Avant-hier soir, Patrick a commencé a ressentir une douleur à la cuisse gauche, douleur qui n'a fait qu'empirer le lendemain, puis d'heure en heure. Dans l'après-midi, alors qu'il atteignait la « time station » 46, il a rencontré sur sa route son homologue « Spurgeon »[1] et surtout son kiné, Dèb étant à ce moment-là dans l'autre van ! Celui-ci a très aimablement regardé de près cette cuisse douloureuse et en a déduit un début de « déchirure » musculaire !! C'est quoi ce truc-là ? Pour résumer, vous avez tous déjà vu un film où le héro est pendu à un câble ou à une corde ? Sauf que le câble ou la corde s'effrite petit à petit, pour, à un moment donné, lâcher complètement ! Et là, si c'est un bon film, le héro réussit, juste avant la cassure, a sauté pour tomber dans l'eau ou dans une poubelle toujours rembourrée d'ordures bien dodues… Bon eh bien voilà, reste à savoir où sera notre héro à ce moment-là… Bien évidemment, malgré les massages et les soins (glace, cachets anti-douleurs, strapping), les performances n'ont fait que décroître au pied de la montagne que nous avons commencée à gravir cette nuit. Imaginez un peu : 7 m.p.h. de moyenne sur les 12 dernières 24 heures !! La nuit a été très longue, et pour lui, et pour nous, qui le suivions à cette allure… Voilà donc une fin de course que nous n'aurions souhaitée pour rien au monde car elle nous emmène dans une galère où les galériens n'ont pas assez de RAAM pour faire avancer le navire… Bien sûr, il n'est plus question pour cette équipe et son commandant de bord d'arriver dans les délais de la course, aujourd'hui impossible à atteindre, mais bien de finir cette aventure dans les meilleures conditions et surtout d'emmener notre champion sur la ligne d'arrivée (de délivrance aussi !), fut-ce-t-elle franchie samedi dans la journée !! Un énorme bandage sous la cuisse, il est quand même reparti tout à l'heure vers 13h30 en direction de la « time station » 50 (youpi, on change de chiffre !), qui, malheureusement pour lui, signifie la ligne de départ de la plus dure des étapes de montagnes : 4 cols à enchaîner, rien que ça ! (Mais non, du beurre pour cet homme !). Bien décidés à le porter, nous avons décidé d'enfreindre les règles de la course pour cette étape (mais après tout, peu importent les pénalités, non ?), en faisant en sorte que les deux vans se relaient dans la montagne pour qu'il y ait constamment des équipiers au bord de la route pour l'encourager !! Nous pensons que c'est de bon augure, d'autant que les officiels de la RAAM joints au téléphone par Rob, nous encouragent eux-mêmes à tout faire pour qu'il finisse. Espérons donc, à quelque 310 miles du but, qu'il devienne, à défaut d'un champion qui gagne, un « champion symbole » qui reflèterait le véritable état d'esprit du sport, bien trop souvent oublié : « l'important, c'est de participer », non ? Allez Patrick !!

On vous embrasse, et on tient le choc !

À demain pour une (presque) dernière newsletter…

Jérôme



[1] En cette fin de course, il faut que vous sachiez que les 3 derniers (Spurgeon, Rees et Patrick) sont tous dans la douleur car les deux autres ont des problèmes de cou les obligeant à rouler avec une attelle pour soutenir leur tête !

Thursday, June 21, 2007

Jour 10 : RAAM 2007

Mercredi 20, midi !

Coucou à vous tous,

Je crois que cette newsletter va être courte parce que j'arrive juste dans un lit après une nuit complète derrière Patrick et nous sommes épuisés ! Et lui aussi, malheureusement… Mais quand même vous dire que l'événement du jour (ou plutôt de la nuit) s'est déroulé exactement à 22h21, hier soir, quelque part sur une route de campagne entre les « time stations » 42 et 43. La lumière rasante des phares éclairait le bitume chaud d'une nuit tout aussi chaude d'ailleurs, Patrick était reparti vers 19h15 et roulait à bonne allure vers l'étape suivante, mais déjà un peu fatigué. La route vallonnée offrait un relief de « bumps » assez « casse pattes » dois-je préciser (on monte, on descend, on monte, on descend). C'est d'ailleurs dans une descente marquée permettant d'avoisiner les 35 m.p.h., que les deux flashs sont apparus comme un éclair sournois qui viendrait fendre un arbre innocent, deux petits flashs subitement éblouis par la luminosité des diodes de notre van. Et c'est alors qu'il a jailli ! Sautant du fossé gauche et se précipitant sur la route, ce petit rongeur dénommé ici « Racoon », reconnaissable entre tous par sa queue rayée grise et noire, a décidé de franchir (sans doute illégalement au vu de sa vitesse de pointe !) le cap de l'immigration clandestine d'un champ à un autre, en jouant par ailleurs avec sa vie et celle de notre coureur ! Car, à peine ai-je eu le temps de crier dans l'oreillette de Patrick avec mon talkie-walkie « attention ! », que déjà l'animal se jetait sous les roues du vélo. Dans un réflexe inouï, notre bonhomme, encore vaillant, a juste eu le temps de donner un coup de guidon pour éviter d'un micro-cheveux (imaginez un peu ! Déjà qu'un cheveux, c'est pas large !) le fieffé coquin de castor déguisé pour l'occasion en Racoon. Bref, il suffisait d'en parler hier en vous dressant la liste des dangers possibles (et j'avais oublié celui-là me semble-t-il !), pour que la RAAM ne se termine cette nuit… Inutile de vous dire le « ouf » de soulagement que nous avons poussé dans le van, onomatopée de circonstance qui donnait à peu près ça : « OOOOOUUUUUUUUFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF ! » Bref, tout est bien qui finit bien pour cette aventure-là. Pour ce qui est des performances de Patrick par contre, la nuit a été terrible. Deux pauses de 1h n'ont pas suffi à lui donner l'élan nécessaire pour recoller à ses adversaires, et c'est épuisé qu'il est arrivé tout à l'heure à 10h30 à la « time station » 46 où Rob lui a de nouveau fait une I.V. pendant son repas. Il est reparti vers 11h45 avec l'équipe de jour, ici Fredo, Anne-cé, les enfants et Vivi, pour tenter de garder l'allure. Il lui reste exactement 537 miles à couvrir pour rallier l'arrivée avant vendredi 17h, pour un temps restant d'environ 53 heures ! Affaire relativement faisable pour lui… en plaine ! Sauf qu'il a devant lui 5 étapes de montagnes… Suspens (et boulle de gomme disait-on enfant !) pour cette fin de course palpitante… Alors restez à l'écoute (ou plutôt à la lecture) des newsletters de Marie-Simone (c'est le surnom que m'a donné Thierry cette nuit ! Allez comprendre ?!) qui, si vous faites un don (mais c'est du chantage !), ne manquera pas de vous raconter la suite des aventures de Patrick Autissier au pays du Far West !

Bon là je file au lit, du moins sous les draps !

La bise à tous !

Jérôme

Tuesday, June 19, 2007

Jour 9 : RAAM 2007

Mardi 19 juin 2007, 13h05…

Hi all (ça y est, je suis complètement bilingue !),

C'est sous une pluie battante, mais à l'abri dans le van support que je prends la plume, après un dodo bien mérité. Patrick, lui, n'est pas encore mouillé car il est à 30 miles devant nous et apparemment, là-bas chez lui, il ne pleut pas encore… Mais la météo n'est pas bonne du tout, une tempête remonte du sud et semble vouloir contrarier les plans stratégico-tactico-technico-compétito-vélocypédo que nous avons mis au point pour finir cette RAAM 2007, maintenant que Patrick a obtenu son « bon de sortie » pour être passé à 5h45 ce matin au dernier « Cut off » !! Plus rien ne semble pouvoir l'arrêter désormais sauf :

- Les montagnes à venir

- La pluie qui fait glisser et qui rend malade

- Le vent de face

- Une chute malencontreuse

- Ses fesses qui, si elles vont mieux, peuvent se rebeller à nouveau

- Son équipe qui se met en grève pour salaire inexistant

- La crevaison de tous ses pneus

- Une crise aiguë de « raz-le-boldite » du vélo

Et j'en passe… Bref, comme vous pouvez le constater, en vélo comme en amour, rien n'est jamais acquis… Mais le moral est au beau fixe car le bostonien américo-franco-parigo (c'est ma période de fin de mot en « o ». Tous les grands artistes ont des périodes, comme par exemple… Picasso ! Ah ben tiens, encore un nom en « o » !) est en grande forme et a réalisé une très belle fin de journée et une tout aussi belle nuit en roulant 14h non-stop (excepté pour éliminer…), rattrapant et doublant au passage 3 concurrents. Mais il s'est arrêté 3h pour se reposer et n'est reparti que ce matin à 9h05, soit quand même 2h avant l'horaire du « Cut off » officiellement programmé à 11h a.m. En ce qui concerne son planning, il est assez simple, rouler, rouler et rouler encore pour atteindre la « time station » 45 au plus vite afin de s'octroyer une pause assez longue avant la dernière difficulté de la course, et non des moindres : les Appalaches !

« Ô divines montagnes, sommets impétueux qui déchirent de leurs toits acérés les nuages amoncelés,

Ô courbes enlacées, épingles tournoyantes qui embrassent de leurs goudrons chauffés les roues fatiguées,

Ô froid et vents, souffles stridents et vils qui s'immiscent subrepticement dans les corps éreintés… »

Arrêtez-le, le voilà qui se prend pour un poète ! Bon, vous l'aurez compris, la course est loin d'être finie, mais comme diraient certains proverbes cyclistes « ça sent le foin dans l'écurie », et l'envie de manger approche. Alors voilà, deux objectifs très précis en vue : le premier bien sûr est de finir cette aventure, mais comme Patrick est aussi un sportif accompli, son deuxième objectif serait de la finir dans les meilleurs délais et, par voie de conséquence, avant ses concurrents directs (ils sont à peu près 5 de la 11ème à la 15ème place !). La fin de course s'annonce passionnante et nous commençons déjà à établir des réelles stratégies (vous voyez que je ne dis pas que des bêtises !) de course que je ne peux malheureusement pas vous dévoiler au cas où la concurrence lirait par curiosité le « blog » de Patrick… Désolé. Il est maintenant 13h45, et notre van approche de la « time station » 41 que Patrick a déjà franchi, mais on devrait le rattraper bientôt… pour une nouvelle et longue journée.. On pense à vous, je vous embrasse (ben tiens, le voilà qui devient de plus en plus familier !) C'est parce que je vous sens tous derrière Patrick et que ça nous réchauffe le cœur ! Et puis quoi, on est tous des amis maintenant, non ??

À bientôt !

NB: Pensez à donner un petit quelque chose pour les 2 associations que Patrick supporte lors de cette course. Cliquer sur le lien suivant : http://patrickautissier.org/index_fr.htm puis choississez le partenaire pour votre don en haut à droite. Tout mode de règlement est accépté : Chèque, VISA, Cash.. Allezzzzzz Gooo ....

Jérôme

Monday, June 18, 2007

Jour 8 : RAAM 2007

Lundi, 18h.

Chers amis, bien le bonjour !

Je me réveille d'une sieste (ou était-ce une nuit ?) de 3h qui remet les idées en place, parce qu'avec la nuit que nous venons de vivre, il fallait bien ça ! Bon reprenons depuis le début. Patrick est parti en direction de Jefferson City (superbe ville) hier après-midi vers 14h pour accomplir sa mission qui était relativement simple : boucler 250 miles en 24h, alors qu'il venait d'en faire 266 dans le même temps. Première formalité de la journée pour lui puisqu'en arrivant dans la ville du 2ème président des Etats-Unis (dans les années 1790), il tenait toujours sa 13ème place au classement. Un petit stop sous le monument du Capitol, et le voilà reparti sous une belle averse (même pas peur !) vers la « time station » 34 de Marthasville, surprenante par sa situation : un jardin particulier d'un couple américain détenteur d'un magasin de vélo qui, pour l'occasion, accueille avec une gentillesse extrême et raffinée, leurs éphémères visiteurs. D'ailleurs, parenthèse oblige, la tenancière du lieu, au-delà de préparer un excellent café (chose rare aux USA pour les amateurs d'expresso !), nous a même offert, le temps d'une sieste préparatrice de l'étape de nuit, le rocking-chair de son mari ! Vous savez ce siège à bascule dans lequel se détend toujours le gentil shérif quand le méchant arrive à cheval dans la ville… Enfin bon, on était comme des rois en attendant l'arrivée de notre poulain (il a une sœur Patrick qui s'appelle Amélie, si si, c'est vrai ! Mais non, je rigole !) quand celui-ci est apparu en forme et tonique vers 23h30 pour avaler deux ou trois kilos de riz, quatre ou cinq kilos de viande et deux litres de compote de pommes ! Il se sentait bien avec une pêche d'enfer et prêt à vite enchaîner pour la nuit. Ce qu'il a tenté de faire…. Et c'est là qu'a commencé la pire nuit de toute la RAAM, à la fois pour lui, à la fois pour nous ! L'équipe de nuit, Thierry au volant, moi-même au guidage et Fredo (on est tous des amis maintenant alors on peut s'appeler avec des diminutifs !) au ravitaillement, suivait Patrick dans les contreforts boisés et vallonnés de cette charmante ville, quand très vite, au bout de quelques miles, notre roi de la bicyclette s'est senti « de travers », « pas bien », « mal foutu » (choisissez votre expression préférée). Nous avons tenté de le persuader qu'il s'agissait d'un mal-être passager et qu'il fallait avancer, la nuit étant encore longue (son « contrat » que nous lui avions déterminé était d'arriver avant 14h à la « time station » 36). Malheureusement, les choses n'ont fait qu'empirer allant jusqu'à faire apparaître les premières hallucinations de la course pour Patrick. Il nous disait se sentir en « décalage avec la réalité », comme déconnecté de l'espace-temps, comme si sa « réalité vécue » était différente du moment présent. Compliqué à saisir, je vous l'accorde, mais pour autant suffisamment angoissant pour lui (et pour nous aussi !), à se demander d'ailleurs ce qu'il faisait là, et pensant qu'il était peut-être temps d'arrêter. En essayant de trouver les mots justes pour lui faire comprendre que ce qu'il vivait était la résultante de la fatigue accumulée et qu'il entrait dans la sphère très privée de ce que l'on appelle communément « les limites », nous avons réussi à le faire rouler jusqu'à 3h du matin, heure à laquelle il a dormi dans le van une demi-heure. La nuit étoilée et brodée d'une voie lactée limpide qui illuminait les champs de blé allait encore être teintée de surprise… La première étant que deux concurrents sont passés durant ce moment de repos… Mais, quoi qu'il en soit, Patrick est reparti, toujours dans une extrême difficulté à réagir, à mettre une pédale devant l'autre et à avancer, tout simplement. À ce moment de la course, il ne dépassait guère un 12 m.p.h. bien inquiétant… Et cet état de fait ne ferait que décroître encore et encore dans les prochaines heures, au point que nous dûmes raisonnablement le faire dormir une seconde fois, cette fois-ci pour 2 heures (5h35 – 7h34 pour être précis, mais le temps nous était compté !). Nous pensions alors que la « machine » (excuse-moi Patrick…) allait redémarrer. Mais il n'en fût rien du tout, et dans de surprenants efforts (lui pour pédaler et nous pour conduire !), il a continué doucement mais sûrement à avancer, avancer encore… jusqu'à ce que, à 20 miles de l'objectif, il a fait une dernière halte fatale… À peine descendu du vélo, il s'est avachi sur l'herbe dans un sommeil profond, sans plus aucune force… Un peu désemparés il est vrai, nous avons alors vu arriver juste derrière nous, après les avoir eus au téléphone, Rob et Christian dans l'autre van (et oui, Rob venait d'être récupéré à St Louis dans la nuit à 1h30 du matin ! Le « crew chief » était de retour ! Zorro quoi !) qui, après discussion et analyse de la situation, a pris la décision de poser un « I.V » dans l'avant-bras du bonhomme (Intra Venus pour la transcription anglaise que vous aurez bien sûr traduite par Intraveineuse – Procédure illégale en France). Vingt minutes plus tard, avec une volonté de fer et un litre de Chlorure de sodium dans les veines, Patrick est reparti pour en finir avec cet enfer du « day 8 ». Moins de 2 heures après, il était dans un lit de motel que nous avions réservé auparavant, pour un sommeil réparateur de 3 longues heures (oui je sais ça vous paraît court, mais à ce stade de la course, c'est énorme !). Eh bien chers amis, croyez-moi si vous voulez, mais à cette heure précise où je vous écris, Patrick vient de passer la « time station » 37 avec une aisance et une forme olympiques à faire rêver les meilleurs puisqu'il tient une moyenne de 17 m.p.h.! Magie du corps humain, puissance psychologique du cerveau programmé, enchantement de la performance sportive, c'est à tout cela que la RAAM nous invite dans son formidable tourbillon d'imprévus, d'incertitudes, d'inconstance, de contingences vécues à l'aune des heures qui passent… Mais une chose est sûre, Patrick va passer le dernier « Cut off », nous le sentons tous. Il est revigoré par l'excellente cuisine de Vivi (tiens un nouveau diminutif !), par les délicieux massages de Déb (tiens encore un !), par le suivi médical du meilleur urgentiste des USA alias Rob, par la meilleure infirmière immigrée spécialiste des problèmes de l' «Ass (traduction anglaise de « cul ») Nurse of United States » (A.N.US.)[1], par le meilleur technicien/stratège vélo du monde (alias Thierry, le rebelle de Florac), par l'ingéniosité du professeur tournesol « tonton Christian » et, enfin, par l'amour débordant de ses enfants et de sa femme[2]. Cette équipe est formidable de sympathie et d'efficacité derrière un amateurisme apparent qui n'entrave rien, bien au contraire, au projet d'emmener l'homme du moment au bout de son rêve… Voilà donc pour aujourd'hui, une journée presque classique de la RAAM….

À bientôt.

Jérôme

Ps : cette journée m'a permis de trouver le titre du livre que j'écrirai sur cette aventure, titre que je vous livre en exclusivité : « Race Across America. Patrick Autissier, un homme programmé pour rouler. Ethnographie d'une course d'ultra cyclisme ».

Ps 2 : je cherche un éditeur américain et/ou français…



[1] Nous ne pouvons publier ici les photos dudit « cul » qui pourraient choquer la sensibilité des plus jeunes !

[2] Nous ne pouvons pas non plus donner de détails ici…

Sunday, June 17, 2007

Jour 7 : RAAM 2007

Dimanche 17 juin, 14h30

Bonjour à toutes et à tous,

Coucou ! Me revoilà pour vous narrer la suite des aventures de la RAAM 2007 ou comment traverser les Etats-Unis à bicyclette (pas forcément bleue…) en moins de 12 jours ou si vous préférez, comment une bande de cyclistes à moitié fous s'amusent à ne pas dormir beaucoup pour pédaler toujours plus vite les uns que les autres ! Bref… Mais où en étais-je donc ? Ah oui, je me souviens. J'étais sur le point de vous raconter la fin d'une étape « hitchkockienne » (veuillez m'excuser pour l'orthographe cher Monsieur…) que nous avons vécue en direct hier matin avec mon camarade de route Thierry. Alors voilà, accrochez-vous ! Rempli d'énergie par la quiétude d'une aube splendide entre pays de Beauce et Normandie, mais également par un dépassement ressenti comme un peu arrogant, il est vrai, du deuxième français en lice, Jean Marc Velez, notre Patrick national roulait vaillamment sur une autoroute à quelque 25 m.p.h. Quand soudain, à la sortie de celle-ci, il perçoit de son œil que l'on suppose vif (mais oui, derrière ses lunettes se cachent des yeux d'un bleu très vif !) le van suiveur dudit personnage dans sa ligne de mire, alors que l'on croyait pourtant l'avoir déjà perdu de vue. Toujours est-il que son sang n'a fait qu'un tour (ou plusieurs apparemment!), puisqu'il a usé sans modération de son levier de vitesse pour mettre « sur la plaque » (terme cycliste pour signifier le plus grand développement du vélo), qu'il s'est abaissé sur sa machine en recherche de vitesse et qu'il s'est mis à tourner ses jambes deux fois plus vite. « Accélère, accélère », m'écriais-je à Thierry, « on va le perdre ! » Le compteur du van s'est emballé jusqu'à 34 m.p.h. jusqu'à ce que, au moment du passage d'un feu, Jean-Marc a entendu le bruit sourd d'un avion à réacteur (Eh oui, cette fois-ci c'était Patrick !) : Vroouuummmm !! Dégainant les fesses de la selle de son engin à roues à bâtons (roues aérodynamiques), celui-ci a essayé d'engager la poursuite. Mais c'était sans compter sur la hargne et le panache du Bostonien qui, enhardi par l'arrivée imminente du « Cut off », a déployé ses ailes de Pégase pour ne laisser aucune chance à son valeureux adversaire. Dans un dédale de rue où j'avais peine à indiquer la route à Patrick tellement il allait vite, nous sommes arrivés à la fameuse « time station » 29 qui symboliquement signifiait : « vous avez le droit de continuer la course ! ». Content et souriant de sa chevauchée fantastique (mais sans John Ford à la caméra), certes inutile mais amusante et digne d'un excellent épisode de « Starsky et Hutch » du dimanche après-midi (mais si souvenez-vous, juste avant Jacques Martin et son école des fans !), il a eu le droit à un réconfort mérité : douche, massage (par mes soins, le pauvre !), repas copieux et dodo (c'est sympa finalement la RAAM, non ?). Sacré lui ! Malheureusement, les bonnes choses ont une fin, et l'après-midi qui a suivi, mais surtout la nuit, ont été des plus douloureuses pour atteindre péniblement et fatigué la « time station » 31 à 6h35 pour un dodo de deux heures. La bonne nouvelle de cette journée a été les retrouvailles pour Patrick ou la rencontre pour les autres, de l'autre moitié de l'équipe tout droit débarquée de Boston via St Louis et retrouvée à la « time station » 30 : Anne-Cécile, la femme de Patrick, son fils Damien, Déborah notre kiné, et Sylvie notre nouvelle intendante qui n'a pas attendu une seconde pour nous prouver ses qualités en la matière ! C'est donc une équipe au complet qui supporte désormais notre athlète, ce qui va aussi nous soulager en termes de sommeil ! D'ailleurs, en parlant de sommeil, je vais illico me laisser emporter par la lourdeur irrésistible mais doucereuse de mes paupières qui m'appellent : « viens faire la sieste, tu roules cette nuit… ».

À bientôt les amis..

Ps : Hervé étant parti pour raisons professionnelles, les newsletters arriveront peut-être un peu plus décalées ou plus tard car il faut que je lui transmette avant de les mettre en ligne.

Jour 6 : RAAM 2007

Samedi matin 8h32,

Chers fidèles de la RAAM bonjour !

C'est par une aube ô combien délicieuse que j'arrive à sauter sur ma plume après une nuit blanche de conduite pour (enfin !) vous donner des nouvelles de Patrick, et dieu sait que cette journée de vendredi à samedi a été chargée en émotion. Elle avait pourtant bien mal commencée… Levé à 6h30 suite à 3h de sommeil, notre champion n'a démarré qu'à 8h, perdant un temps précieux (5h30) dans quelque lenteur liée à un état d'esprit davantage tourné vers le repos que vers une envie de compétition. Ce qui, bien évidemment, a fait tourner en bourrique une équipe déjà sur le pont, rappelant sans cesse à l'intéressé que ces moments de flou artistique l'emmenaient d'une part vers des difficultés pour passer le « cut off », d'autre part vers les profondeurs du classement alors qu'il avait su se glisser jusque là dans les interstices du premier peloton… Toujours est-il qu'en roulant à bonne allure, il a atteint facilement la « time station » d'Ulysses (Co) vers 12h55. Un hamburger et un café plus loin, il enfourchait à nouveau « Titi » (c'est le nom de son vélo de plaine ! Mais quel peut être le nom de celui de montagne ? Encore lui ?!!) pour s'élançait le cœur léger vers Montezuma (TS 24) pendant que la première « galère » nous tombait dessus : les gyrophares de sécurité arrière sur le van suiveur ne marchaient plus alors qu'ils sont obligatoires ! C'est là bien sûr que les Etats-Unis sont étonnants puisqu'en pleine brousse du Kansas où l'on ne croise que des vaches et des cow-boys (et des vrais avec chapeau, santiags et tout et tout !), eh bien à l'angle d'une rue on rencontre un magasin d'électricité ! Jacques Martin aurait dit : « Incroyable mais vrai ! ». C'est alors que les talents de chacun s'expriment, en l'occurrence ici ceux de « Tonton » (mais oui Christian souvenez-vous !) qui, avec une cuillère, un bout de scotch et un couteau répare les feux arrières ! Magic Tonton ! Notre bonhomme, lui, sans se rendre compte de rien bien sûr (on lui évite ce genre de stress inutile…), a déjà rejoint la « time station » 24 vers 17h (avec un dodo d'une demi-heure dans le van), où il réussit l'exploit de s'y extirper en un quart d'heure.. Vous l'aurez compris, il a pris la fâcheuse habitude de perdre beaucoup trop de temps dans ces instants de « transition », mais là on était tous contents de lui. En passant quasiment entre toutes les gouttes des orages localisés (chanceux !), il parvient dans les longues lignes droites bordées des champs céréaliers à nous rattrapés au point de rendez-vous suivant, mais très fatigué et en ayant laissé filer quelques concurrents (3) dont… Mister Jones (N° 196), notre papy national qui nous étonne de jour en jour ! Mais attendez la suite…………………………………………………………………… Les pointillés, c'est juste pour vous faire languir ! Alors voilà. Patrick était épuisé, et nous énervés de le voir perdre tout ce temps, considérant qu'il avait les moyens d'aller plus loin dans ses retranchements. Nous avons donc procédé à une séance de recadrage où chacun a pu exprimer son point de vue (mais à 6 contre 1 – Estelle étant d'accord avec nous – il n'a pas pu dire grand chose !), considérant surtout qu'il fallait une confiance mutuelle : nous en Patrick et lui en nous, notamment sur certaines questions de stratégie. Les choses étant dites, et le message entendu nous semblait-il, c'est un tout autre Patrick que nous avons découvert. Parti à 22h30 de Mullinsville en direction de Pratt (où il voulait initialement s'arrêter dormir), il a littéralement fondu sur la « time station » 26, avalant tout crus ses adversaires directs au passage (pauvres Misters Jones et Jurckwieski!) avec une moyenne de 18 m.p.h. ! Sans quasiment posé le pied à terre à Pratt (1h06) après 2h30 de course pour 42 miles, il a enchaîné avec l'étape suivante (53 miles) dans la nuit incroyablement calme du Kansas (sans doute n'y a-t-il eu un vent aussi nul dans cet état depuis 1923 ! Euh, c'est l'année de naissance de ma Grand-mère, coucou mamie !). Blague mise à part (mais c'est vrai pour le vent nul…), il est arrivé sans encombre à 5h50 à Mount Vermont où il a sommeillé 20 minutes avant d'avaler un petit déjeuner copieux. Ces 7h30 de « run » quasi non-stop lui ont même permis de doubler son compatriote français Velez qui le redoublera par la suite. Enfin, et pour finir cette journée sans fin, il est actuellement juste devant moi à 17 m.p.h. à quelques encablures du « Cut off », il est 10h sonnante… Arrivée prévue dans 30 minutes… Voilà mes amis à quoi ressemble un jour de RAAM ou une nuit d'ailleurs, on ne sait plus trop, qui je vous l'avoue, au-delà de la fatigue (je m'endors !), nous a sacrément fait vibrer aujourd'hui… Allez Patrick, pédale encore, encore et encore parce que là, l'enthousiasme enchante, anime, excite les sens et nous, on adore !

Bonne ??? (Journée ou nuit ??)

À bientôt

Jérôme

Ps : Oh la la ! La fin d'étape que l'on vient de vivre, incroyable !! Mais je vous raconterai tout ça dans la prochaine, il faut que j'aille dormir ! Désolé…

Friday, June 15, 2007

Jour 5 : RAAM 2007

Jeudi 23h37,

Bonsoir tout le monde !

Par où commencer tellement il s'en passe sur cette course ! Une longue journée attendait Patrick, et j'avoue qu'il s'en est sacrément bien sorti. Nous roulons (enfin plutôt lui !) vers la « time station » 22 à bonne allure sur un vélo de compétition que nous venons de préparer avec Thierry au dernier stop en un éclair ! Sans doute parce qu'il a vu passer les avions (ceux qui font la RAAM par 4 et qui passent tellement vite à côté de lui que ça fait Vroouuummm !), il s'est dit, ben tiens, je vais faire pareil ! Alors en pleine nuit à presque minuit, le voilà parti pour un « contre la montre » de 49 miles ! Non mais franchement, je vous jure ! Enfin, en tout état de cause, il a bien négocié cette grosse journée, notamment dans le col où il a démontré toutes ses qualités de grimpeur en doublant deux coureurs. En partant à 7h ce matin, il était à 11h35 à l'étape suivante. Un léger stop de 20 minutes, puis le col en vue… 16h56 (quelle précision !), il est arrivé à la « time station » N° 20 d'où il est reparti, après avoir englouti un plat de pâtes et un steak (il a presque mangé l'assiette en carton avec !), après s'être changé de cuissard, de chaussettes, bref après s'être refait tout beau tout neuf ! Et là je vous le donne en mille, qui est reparti juste devant lui ? Notre vieux briscard de Jones (vous vous souvenez le jeune homme de 61 ans !) et son dossard 196 pour un nouveau cache-cache qui, à l'heure où je vous écris, dure encore ! Patrick l'a doublé deux fois, mais s'est arrêté deux fois aussi pour s'habiller contre le froid et pour une pause « pipi » (mais oui, ils ont le droit aussi !). Toujours est-il que pour le moment, l'expérimenté Monsieur Jones tient la dragée haute et montre des talents non seulement de résistance, mais aussi de rouleur puisqu'il est au moins 1 ou 2 miles devant… Suspens donc pour la 11ème place cette nuit à Springfield. Amateurs de paris, faites vos jeux et donnez vos gains pour la bonne cause en faisant un don (il est malin…). À part ça, dans les coulisses de la course, nous avons eu accès à Internet et avons pensé à vous ce midi en « updatant » le site (je m'anglicanise vraiment !). Puis nous avons fait une énorme lessive dans une « launderie », ces laveries automatiques dans le même genre que celles que l'on voit dans les films américains où le héro lave toujours son linge ! Sauf que là, il n'y avait pas la belle fille qui vient le draguer… Des vraies ménagères ces équipiers… Bon et puis quand même, il faut que je vous raconte le coucher de soleil que nous avons vécu tout à l'heure sur les prairies du Colorado. Alors voilà la scène : un homme couché sur son vélo au milieu de la route, elle-même bercée de chaque côté par d'immenses prairies vertes et rougeoyantes. Jusque-là, rien de plus extraordinaire que la veille. Mais d'un seul coup, le soleil, en route pour retrouver son lit, a teinté ce tableau féerique d'un rose fuchsia qui, dans une sorte de rayon laser, a illuminé à son tour un troupeau de quelques spectatrices fièrement montées sur leurs pattes arrières : des biches ! À croire qu'elles se téléphonent pour ne pas rater Patrick ! On en a même vu une l'applaudir ! Ben quoi, vous n'avez jamais vu une biche applaudir ? Ah bon… Monde sauvage quand tu nous tiens… Ce sont là des moments rares qui valent la peine d'être vécus, croyez-en votre humble écrivain. Il est maintenant 1h49 du matin et il reste 24 miles à Patrick pour boucler son objectif du jour. Il s'avance vers des aventures d'un tout autre genre puisque le ciel s'illumine désormais d'éclairs impressionnants. Normalement, demain c'est notre première journée de pluie et là, ça risque d'être différent… Mais nous n'en sommes pas là, chaque chose en son temps. En tout cas, chapeau bonhomme, aujourd'hui tu as été fort, vraiment fort !

Je vous embrasse, bonne nuitée !

Ps : un bonjour à Brigitte qui m'envoie des mails d'encouragement de Corse !

Ps 2 : une fois n'est pas coutume, mais puisque j'y suis, j'embrasse aussi Emmanuelle qui suit nos aventures avec une passion partisane.

Ps 3: Des photos ont été mises a jour sur le site. Le lien est le suivant: http://patrickautissier.org/index.html

Jérôme

Thursday, June 14, 2007

Jour 4: RAAM 2007

Jeudi matin, 10h

Bonjour les amis,

C'est avec un peu de retard que j'arrive à prendre la plume, mais la situation est maintenant difficile, Rob étant parti hier pour 2 jours. Nous sommes donc 5 à assurer les relais et il est vrai qu'avec seulement 2 heures de sommeil par nuit, nous sommes aussi très fatigués et peu disponibles à d'autres tâches que celles qui nous incombent en priorité pour donner à Patrick un maximum de confort. La journée d'hier a été intéressante et bien menée par notre homme qui a réussi, au final, à rejoindre la « time station » 18 à 3h du matin. « Wolf creek pass » a été le grand moment de la journée puisque c'est un des plus grands cols de la course (10800 feets soit 3300 m), et la neige le recouvrait encore de son manteau blanc sur ses alentours. Patrick était en grande forme, surtout heureux de pouvoir prendre se revanche sur 2005, d'une part parce qu'il pouvait monter de jour (il l'avait grimpé à 4h du matin), d'autre part parce qu'il avait « les jambes ». Accompagné de quelques spectateurs surprenants (des biches !), il a avalé cette « bosse » en 1h20, là où il lui en avait fallu trois lors de sa dernière tentative ! Bel exploit récompensé au sommet par la rencontre avec Michèle Granger, première femme « roocky » à s'attaquer à la RAAM en 1990 et qui avait terminée 3ème ! Excusez du peu messieurs ! Souriante et très gentille, elle a donné de bons conseils à Patrick pour soigner « sa selle » , comprenez ici ses problèmes de fesses ou comme diraient mes camarades de route « son mal de cul » ! (oh !) En effet, et c'est bien là notre souci majeur, il commence à avoir une irritation majeure que nous avons dû soigner ce matin avant son départ (7h) après un stop de 3h de sommeil dans un motel, le froid interdisant une nuit dans le van. Rob absent, c'est notre infirmier de service Fred (il est mignon avec sa blouse blanche !) qui s'est mis à l'ouvrage en réalisant un pansement que nous espérons tous digne de ce nom afin de calmer le mal, voire de le guérir d'ici deux jours. Les enjeux sont de taille car c'est souvent une cause d'abandon ! Mais nous faisons confiance aux soins et à la constitution physique de Patrick… Croisons les doigts… Aujourd'hui est une journée aussi terrible car il doit enchaîner 4 « time station » pour ne pas se mettre dans une situation délicate vis-à-vis du prochain « cut off » (samedi). Nos pronostiques programment une arrivée vers 4h du matin si tout va bien. Les abandons commencent à pointer le bout de leur nez et la gestion de l'effort doit être désormais des plus tactiques. Pour l'instant, jamais ce mot n'est venu s'immiscer dans la pensée de quiconque dans l'équipe, encore moins dans celle de Patrick. Alors, « come on boy » ! (mon Anglais progresse de jour en jour, que dis-je, de time station en time station ! Yeah !) Sinon, d'un point de vue touristique, nous traversons de superbes plaines en direction d'un prochain col qui nous emmène doucement vers la fin du Colorado, merveilleux état dont la configuration géographique propose une diversité de paysages surprenante : rivières, montagnes, prairies vertes, plaines sauvages, tout pour passer vos prochaines vacances ! L'état suivant sera le Kensas (Time station 23) et ses plaines céréalières à perte de vue. Nous l'attendons avec impatience, car il devrait être le signe d'un réchauffement climatique (encore !), le froid étant ici notre adversaire principal, surtout la nuit. Gants et bonnet sont les attributs du bon cycliste, ses meilleurs amis. Voilà pour ce qui est des nouvelles de l'Amérique en espérant qu'elles vous permettent de suivre avec passion cette belle course. N'oubliez pas que le site officiel de la RAAM (www.raceacrossamerica.org) peut vous donner beaucoup d'autres infos, notamment sur le classement. Une interwiew d'Estelle est sur ce site ! On vous embrasse, à très bientôt !

Ps : alors vous avez trouvé qui était le chauffeur ? Bon d'accord, j'avoue que visiter les prisons américaines ne me disait pas grand chose, mais promis je ne recommencerai pas !

Jour 3 - RAAM 2007

Mardi 12 juin, 21h50

Bonsoir cher(e)s ami(e)s,

Vous ne pouvez pas imaginer ce que je vois à l'instant où je vous écris, passager du van support en route vers la « time station » 13 pour y accueillir Patrick qui, lui, vient de quitter la 12. Le soleil descend lentement dans un ciel bigarré de couleurs bleue, grise, blanche pour former un crépuscule détonant sur un paysage surréaliste et dont le nom porte en lui tout son mystère : « Monument Vallée ». Fameuses montagnes rouges et plates des indiens Navajo de l'Utah qui font vivre ces lieux de leur présence ancestrale. Derrière la magie, l'enthousiasme de l'équipe qui (re)découvre l'inimaginable… On se régale ! Et Patrick aussi ! Mais revenons en arrière car la journée a été riche en rebondissements. Alors que nous étions endormis profondément dans le confort du motel, le téléphone d'Hervé a surpris tout le monde vers 6h du matin. Patrick venait de s'arrêter à nouveau, tombant rapidement dans sa « fenêtre du sommeil », terme usité pour déterminer le moment exact et propice à un endormissement récupérateur. Mais en s'endormant dans le van, il a obligé Estelle (qui avait laissé Morphée rentrer chez elle !), Hervé et Christian à attendre dehors dans le froid glacial des sommets de « Guarland Prairie Vista » (oh le père indigne !). Ni une, ni deux, les quatre autres mousquetaires ont sauté dans leur diligence pour les rejoindre afin de leur offrir un abris de fortune. Et c'est là que dans la précipitation, le chauffeur du van a légèrement oublié d'être attentif à la limitation de vitesse… Donc, je vous laisse deviner la suite ! Sortie de nulle part, une voiture blanche nous a suivis tranquillement tel le chat qui attend sa proie (encore ce chat ! Appelons-le « Chaussette », c'est mignon pour un chat, non ?) puis, d'un coup d'un seul, a éclairé de ses 18 phares (véridique, je les ai comptés !) son véhicule dont le volume sonore nous a fait comprendre qu'il était temps de s'arrêter… La fameuse police américaine ! Aie aie aie… Dans un anglais tout a fait conforme à ce que l'on peut imaginer, il a signalé au chauffeur qu'il avait dépassé la limitation de vitesse de 19 km/h, qu'il était donc « a criminal » et que pour un dépassement de 2 miles de plus, il pouvait aller « in jail » (prison en anglais, non ?). Bref, Rob, notre exceptionnel « crew chief » lui a expliqué la situation, laissant l'appréciation au policier de verbaliser ou non. Toujours est-il que celui-ci (sans doute un cycliste !) nous a juste averti et nous a laissé partir ! Ouf de soulagement dans le van, puis fou rire car la situation était cocasse même si l'enjeu était de taille. Mais plus de peur que de mal, nous avons dès lors bien respecté la limitation pour rejoindre nos compatriotes à la limite de ressembler à des ours polaires ! Un bon café a participé à remettre des couleurs aux joues de tout le monde. Patrick, après son réveil, a attaqué de plus belle les immenses lignes droites en plat descendant du pays des volcans de Cameron (un peu comme l'Auvergne). Vers 12h, il est arrivé à Kayenta, début du pays Navajo, où une envie de hamburger l'a pris. Mais comme son équipe est efficace (des fleurs, des fleurs !), elle lui a trouvé tout de suite son bonheur (facile dans le désert de trouver un Hambuger, non ?). À 17h, la « time station » 11 était avalée pour se relancer presque illico vers la 12, cette fois-ci au cœur du pays des indiens. Ah quelle journée, mais quel bonheur ! Toujours est-il que pour le moment, Patrick avance doucement mais sûrement vers le premier « Cut off », « time station » 14 éliminatoire qu'il faut atteindre avant mercredi 14h.. Alors, suspens, vous saurez demain ce qu'il en est, mais rassurez-vous, il l'a passera dans les délais ! Voilà pour aujourd'hui, je profite encore de cette merveille de pays que nous traversons avant d'assurer la nuit au volant, je pense bien à vous, promis…

À demain…

Ps : alors ce don, vous l'avez fait ?

Ps 1 : nous avons écopé d'une pénalité de 15 minutes pour un stationnement « limite » en bord de route lors d'un ravitaillement pour Patrick.

Ps 2 : mais qui était ce chauffeur qui joue avec la police américaine ??

Tuesday, June 12, 2007

Jour 2 - RAAM 2007 - Patrick Autissier

Bonsoir tout le monde ! Ou plutôt Bonjour !

Un coucou de William (Arizona) où Patrick s'est endormi au motel pour 2 heures avant de repartir vers la « time station » 9 de Flagstaff. La journée a commencé par la montée infernale vers Prescott que notre homme a négociée très correctement avec le soutien de toute l'équipe du deuxième van qui s'arrêtait régulièrement le long de la route pour l'encourager. Même si la moyenne n'était pas très élevée (environ 10 m.p.h), le rythme est resté contant, les jambes « tournaient » bien, le moral était bon. L'agréable surprise est venue du fait que la route de la RAAM a été déviée pour cause de travaux et que la déviation était plus facile que le parcours initial. Toujours bon à prendre ! Moralité de l'histoire, voilà Patrick qui avance à bonne allure en jouant au chat et à la souris avec Spurgeon, jeune « Roocky » (1ère RAAM) américain qui, par l'effet du hasard, n'était autre que le voisin de chambre de Patrick à Oceanside. « Je te double, tu me doubles, je te double, tu me doubles », petit jeu finalement assez motivant et toujours sympathique par les encouragements, les klaxons, les hurlements dans les haut-parleurs qu'il génère de la part des deux équipes. Mais cette fois-ci, le chat c'était Patrick ! Puis dans une grande montée, ce fut au tour de Jones de croiser la route de Patrick qui, nous le pensions, allait en faire sa nouvelle proie. Mais le vétéran (61 ans !) ne s'en ait pas laissé conter et, d'un coup de pédale puissant, après quelques échanges courtois, a finalement repris du poil de la bête pour distancer notre N° 191 national ! (Comme quoi, il faut toujours se méfier des vieux briscards…). Toujours est-il que Prescott a quand même été atteint à 18h15. S'en est suivie la plus longue étape de la journée (63 miles) à la nuit tombante (avec un coucher de soleil mes amis, à en faire pâlir plus d'un !), où le départ canon lié à une route en plat descendant certes avantageux, s'est malheureusement substitué par 18 miles sur l'autoroute, dans un froid de plus en plus saisissant et dans une montée à n'en plus finir. L'épuisement, la fatigue physique et morale, le froid, ont suffi à allonger Patrick jusqu'à maintenant où il vient juste de reprendre la route (3h00). Les deux équipes de récupération (Thierry, Fred, Rob et moi-même) ont donc pris le relais dans la chambre d'hôtel (que c'est bon un nid douillet, une douche, des W.C – Youpi !), pendant qu'Hervé et Christian (alias « Tonton » pour les intimes ! Ben oui, on trouve que ça lui va bien !) suivent l'athlète, et qu'Estelle joue avec sa copine… Morphée ! (Elles s'entendent bien…). Enfin voilà le récit d'une deuxième journée de RAAM difficile sur la fin et qui risque de faire descendre Patrick dans le classement (il était 11ème ce matin). Mais la RAAM a la sensation d'un bon vin, une longueur en bouche qui peut laisser entrevoir bien des surprises… Espérons que la cuvée 2007 soit des meilleures… Bon courage pour ceux et celles qui vont travailler, mais revenez vite ce soir vers vos ordinateurs car l'aventure aura nul doute des choses à conter… À bientôt.

Jérôme

Monday, June 11, 2007

Day 1: Depart de la RAAM 2007 - Patrick Autissier

Lundi matin 3h40, heure de la RAAM (heure de Boston),

Bonjour à tous !

Et voilà, c'est parti ! La RAAM 2007 s'est envolée ce matin de Oceanside à 12 heures (9h heure locale), Patrick en tête puisqu'il était sur la première ligne. Réveil pour tout le monde à 6h30, mais Patrick était déjà réveillé depuis 4h du matin (tiens tiens bizarre…). Après un petit-déjeuner copieux, nous avons rejoint les quelque 300 personnes qui se sont massé le long de la plage pour assister au départ, les « solos » en tête. Les 20 premiers miles se sont déroulés sans nous, puisque les riders étaient en « parade » dans les rues d'Oceanside. La jonction s'est établie après le start officiel qui procédait à un « top départ » des coureurs chaque trente secondes. C'est avec une satisfaction non dissimulée (cris dans le van, haut parleur à fond et musique !) que nous avons suivi la première montée de la journée où Patrick s'est pris pour un « maillot à pois » : il est passé au col dans les 7 premiers avec une aisance surprenante et un grand sourire aux lèvres, sans doute, comme nous tous, ravi de pouvoir enfin en découdre. Après 57,4 miles, il a atteint la première « time station » (point de contrôle), située au bord d'un superbe lac, avant de s'enfoncer plus avant dans les terres arides de la Californie. Rob, Estelle et moi-même formions l'équipe du van suiveur, pendant qu'Hervé, Thierry, Christian et Fred rejoignaient un point de ralliement précis entre la première et la deuxième « time station ». Avez-vous déjà vu un immense rond-point rempli de verdure en plein milieu du désert ? Prouesse américaine, c'est sur ce magnifique terre-plein que Patrick a effectué son premier vrai stop de la journée (20 minutes) après une descente extraordinaire de 8 miles à plus de 7% de pente où il flirtait avec les 50 m/p/h (75 km/h !). Du pur bonheur, pour lui sans aucun doute, et pour nous aussi, musique à « donf » (diraient les plus jeunes) pour le motiver à « lâcher » les freins, comme on dit dans le jargon… Il était 15h30 quand il est reparti, regonflé par l'excellente salade préparée par le « maître ès chef cuisinier » que nous avons découvert, alias maître Thierry ! (J'avoue en avoir également profité… plaisir des papilles quand tu nous tiens…). Toujours est-il que cela a requinqué notre homme qui s'en est allé tambour battant affronter le désert californien avec une hargne « poulidoresque » (oui oui, ça se dit !) lui permettant d'avoisiner un 20 m.p.h. de moyenne. Il était tellement à son aise qu'on l'a appelé Patrick le « scorpion », roi du désert ! La « time station » 3 a donc été une formalité puisqu'il s'y est présenté en forme à 23h. Petite halte de 15 minutes pour engloutir le reste de la salade (mâlin !) et le voilà reparti dans la chaude nuit américaine (26°) pour, là encore, rouler à une excellente moyenne de 20 m.p.h. Pendant ce temps, les équipes ont tourné, Christian et Hervé prenant la relève du van suiveur après que nous ayons auparavant soumis Fred puis Thierry au baptême du feu pour qu'ils puissent s'habituer au « roadbook » (guide) afin de ne pas perdre dès leur première nuit notre champion (euh, excusez-moi, vous n'auriez pas vu un français sur un vélo dans le désert et deux autres français dans un van en train de le suivre par hasard ??). Enfin, à l'heure où je vous écris, ils sont en train de dormir avant de prendre leur « quart », Patrick pédale vers la « time station » 5 (il a passé la n°4 à 3h15 du matin) guidé par Hervé, Christian et Estelle (qui a rencontré Morphée depuis déjà bien longtemps…). Rob quant à lui conduit l'autre van duquel j'essaye de vous écrire malgré les bosses rencontrées sur la route… Voilà, ainsi s'avance une nuit en plein désert, un bout d'aventure qui s'accomplit dans l'amitié, la sérénité et la performance, une nuit où même loin, on pense bien à vous… Allez Patrick, allez Patrick !! Bonne nuit…

Jérôme

Ps : N'oubliez pas de faire un don…On accepte les cheques, CB, paypal, .... C'est si simple...

Sunday, June 10, 2007

Jour 1 RAAM 2007 Patrick Autissier

Oceanside le 9 juin 2007,

Cher(e)s ami(e)s,

C'est avec un immense plaisir que je vais tenter durant les 12 jours à venir de vous faire (re)vivre les aventures de Patrick Autissier pour sa troisième participation à la RAAM, sa deuxième en tant que « solo rider ». Un français en Amérique… ou plutôt à travers l'Amérique et qui compte bien cette année réussir sa tentative, cet exploit devrait-on dire. Nous voici donc à Oceanside, petite station balnéaire de la côte ouest coincée entre Los Angeles et San Diego, et dont la vie semble rythmée par le surf, la glisse et un certain bien-être typiquement californien, m'a-t-on soufflé... L'équipe s'est regroupée depuis vendredi avec les arrivées de Rob (le « crew chief » ou chef d'équipe), Estelle et Patrick, puis de Fred et Thierry vendredi soir, enfin d'Hervé aujourd'hui, Christian et moi-même étant sur les lieux depuis jeudi après-midi. Plus loin sur la course (St Louis), Anne-Cécile, Déborah, Sylvie et Damien nous rejoindront à leur tour afin d'aider Patrick à boucler les 1000 derniers miles. L'ambiance est pour l'heure à l'excitation des préparatifs qui nous ont occupés une bonne partie de la journée : signalisation des deux véhicules, rangement des affaires dans les vans (nourriture, équipement des vélos, matériel médical, etc.), flockage des vans, vérification de leur fonctionnement, courses de dernières minutes… Puis nous avons eu l'inspection officielle des véhicules à midi, suivie d'une séance photo et d'une interview de Patrick vers 14h, un meeting de présentation officielle de la RAAM et des « solos riders » à 16h, enfin un banquet permettant la détente et la rencontre de tous les participants qui, pour beaucoup, ne se verront quasiment qu'aujourd'hui et demain sur la ligne de départ… Vers 22h, Rob a réuni le groupe autour de Patrick pour ajuster les rôles de chacun, exposer la stratégie de course (pédaler, pédaler, pédaler ! Facile cette stratégie, non ?), faire le point sur les ultimes détails et annoncer le déroulement de la journée de demain, du départ 9h jusqu'au premier « switch » (changement d'équipe) qui aura lieu à la time station 3. Deux équipes de 2 personnes et une de 3 permettront d'assurer un « turn-over » toutes les 2 time station, soit environ 8 heures de course. Vous imaginez combien nous sommes tous motivés par ce challenge qui s'offre à nous et par la confiance (renouvelée pour certains !) que nous a accordée Patrick et l'ensemble de ses partenaires. Bref, j'espère sincèrement à travers mon humble plume, vous donner le goût de cette course, vous transmettre ses émotions, son ambiance, son stress (du stress ? Ah bon ?), vous faire découvrir quelques-uns de ses merveilleux paysages et, finalement, vous emmener un peu avec nous… Alors, commencer à compter, le compte à rebours approche… Vous êtes prêts ? Cinq, quatre, trois, deux, un…. Partez !

Ps : nous essayons de mettre des photos de la course en ligne régulièrement pour vous en faire profiter un peu plus… Et n'oubliez pas de faire un don ! Merci.