Monday, July 6, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Conclusion

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FIN DU VOYAGE
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Boston, 6 Juillet 2009

 

Je viens a peine de m'elancer dans la Race Across America 2009, et apres seulement 30Km de course, je suis completement scotche a la route qui s'eleve. Impossible pour moi de trouver mon rythme habituel, et c'est le souffle court que je grimpe peniblement le 1er col de la course qui culmine a 900m. J'arrive a la 1ere Time Station situe au Lac Henshaw completement trempe de sueur, fatigue et ne comprenant pas trop ce qui m'arrive. Il fait 40C, c'est le debut de la course et le stress et la peur de mal faire sont presents. Cependant, ca n'explique pas un tel manque d'energie qui caracterise ces premiers kilometres. Mais je n'ai pas le temps de trop cogiter et c'est la peur au ventre que je continue la course. Apres une 1ere nuit ou j'arrive a rouler relativement bien grace a une temperature clemente et un vent favorable, je me retrouve a la TS #5 a Congress en Arizona. C'est la fin du 1er jour de course et l'heure pour moi et mon equipe de faire un 1er bilan. J'ai rempli mon "contrat" en faisant 550Km (le but etant 480Km par jour), en ne m'arretant que le minimun necessaire et en ne dormant pas. Cependant, toute mon equipe sent bien que je ne suis pas dans mon etat normal de forme. Je n'arrive pas a trouver mon rythme et des que la route s'eleve, je n'arrive pas a relancer et suis oblige de mettre tout a gauche et de subir la montee, au lieu de rouler de facon agressive.

Le 2eme jour de course s'annonce particulierement difficile avec des cols a repetition et une chaleur etouffante de 40-45C. Je grimpe le col de Yarnell Grade qui culmine a 1600m a une allure d'escargot, puis arrive a la TS #6 a Prescott en Arizona situe a 1900m. Arrive en debut de nuit et epuise par cette etape, je decide de prendre mon 1er vrai repos dans un motel. Malheureusement, je n'arrive pas a trouver le sommeil et c'est fatigue que je repars vers Flagstaff, AZ. Dans la nuit, je retrouve Anne-Cecile, ma femme, et Sylvie qui viennent de rejoindre l'equipe. Leur presence m'aide a rester eveiller pendant la nuit mais la montee vers Flagstaff situe a 2200m est interminable. Sur le petit matin, je reussis a m'endormir 15 minutes dans le van suiveur. Finalement, j'arrive a Flagstaff en milieu de matinee ou l'equipe est regroupee. Si le 1er jour de course, je ne me posais aucune question, avec le temps et la fatigue aidant, le doute s'est rapidement insinue dans mon esprit. Sur mes precedentes RAAM en solo, meme si j'avais des moments de tres grande fatigue, apres quelques heures j'arrivais a recuperer et je roulais de nouveau fort. Mais cette annee, jamais je ne me suis sentie bien, et ce des le depart. Je n'avais aucune energie, malgre le fait que je m'alimentais correctement. A ce moment-la de la course, je ne cherchais pas a comprendre pourquoi mais seulement a essayer de recuperer et repartir sur de bonnes bases. En arrivant a Flagstaff, j'ai essaye de nouveau de dormir plus longtemps, mais malheureusement sans y parvenir. Malgre un temps de sommeil de 15' seulement sur 2 jours de course, le stress et le doute accumule depuis le debut m'empechait de trouver le repos.

Je suis repartie en debut d'apres-midi en pleine chaleur vers la TS#9 situe a Tuba City, aux portes de Monument Valley. Bien que cette etape soit relativement facile, les quelques bosses vers la fin du parcours m'ont fait comprendre a quel point j'etais epuise physiquement et mentalement. Jamais je n'ai ete dans le coup, et en arrivant peniblement a Tuba City, j'ai decide la mort dans l'ame d'abandonner la course. Abandonner une course comme la RAAM est une decision tres difficile a prendre, car beaucoup de personnes ont ete impliques dans ce projet, que ce soit les membres d'equipes qui sont venus de France ou d'ailleurs et ont pris des conges expres pour ca, les sponsors qui vous soutiennent financierement, les amis et collegues qui vous supportent, enfin la famille qui vous soutient mais aussi "subit" en quelque sorte votre passion. Tout le monde veut que vous franchissiez la ligne d'arrivee car c'est une part d'eux qui franchit la ligne avec vous. Cependant, le cycliste est seul a pedaler, et c'est a lui seul que revient la decision, en son ame et conscience,  d'arreter ou de continuer la course.

Etant tombe malade 3 semaines avant l'epreuve (probablement une grippe), je n'ai quasiment pas pu m'entrainer jusqu'au depart de la RAAM. Cela a detruit toute ma preparation, car la RAAM en solo ne pardonne aucune faiblesse une fois que la course est lance, car le repos est quasiment inexistant jusqu'a la fin. De plus, ayant fini la RAAM en solo en 2007, je savais a quoi m'attendre dans les etapes suivantes, avec en particulier les rockies a traverser. Cela m'a indeniablement atteint moralement, et quand le physique ne suit plus, il faut savoir accepter la defaite, plutot que de prendre des risques inconsideres sur sa sante. La vie va continuer et je suis sur qu'il y aura bien d'autres challenges dans le futur, que ce soit sportifs ou non, et cette defaite aura surement (a deja !) un impact positif sur ma vie.

Pour conclure, j'aimerais remercier les tres nombreuses personnes qui m'ont accompagne durant ce voyage incroyable qu'est la RAAM. Je ne peux pas tous vous citer, de peur d'en oublier. Mais sachez que vous avez tous, a un moment ou un autre, croise ma route, soit en me sponsorisant, en faisant partie de l'equipe, en m'envoyant un email d'encouragement, en faisant un don, ou simplement en me disant gentiment que j'etais dingue ! Je n'oublierais jamais votre soutien. Vous avez fait partie integrante de mon reve, et grace a vous, des personnes dans le besoin ont maintenant l'espoir d'une vie un peu meilleure. Merci pour eux.

To be continued...

Patrick

ps: Mon site web a ete mise a jour avec les photos de 2009, quelques videos et les donnees d'analyses sanguines (qui sont redevenues normales !).




Saturday, June 20, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Tuba City, AZ

vendredi 19 juin 2009, 23h23…

Bonsoir les amis, 

Que de choses à vous raconter ce soir, que d'événements aussi. Il me faut donc revenir là où je vous avais laissés, hier après-midi, dans le col de Yarnell Grade. Maudit col qui a bien cassé les pattes de notre bostonien sous une chaleur toujours incroyable. Alors en 21ème position, il a vu revenir sur lui le dossard 324, petit homme frêle, mais dont le gabarit a dévoilé cependant un « rider » costaud en montée. Patrick n'a même pas pu lui « prendre la roue », toujours scotché au goudron dès que la route s'élevait un peu. Déjà peu rassurés que nous étions sur son état de forme, sa chevauchée n'a pas été fantastique pour rejoindre Prescott, TS 6, las et épuisé qu'il était en ce début de soirée (21h30). D'ailleurs, n'ayant toujours pas dormi, il a décidé de s'arrêter sur ces vertes montagnes de conifères dans un motel. Massé, soigné (les récurrents problèmes de fesses qu'il avait déjà eus en 2007 ont refait surface…), douché (ah ça c'était bon !), il ne lui restait plus qu'à s'endormir, ce qu'il n'a pourtant pas réussi à faire… Mais j'y reviendrai…

Pendant ce temps-là, l'équipe a dû s'organiser afin de récupérer Anne-Cécile et Sylvie qui arrivaient à 22h30 à Flagstaff, quelque 72 miles plus loin (traduisez 140 kilomètres !) La stratégie mise au point a donc été d'envoyer deux équipiers avec un van les rejoindre (en l'occurrence Aude et moi-même), de prendre un motel sur Flagstaff, de dormir et de leur laisser le van pour qu'elles repartent immédiatement en sens inverse à la rencontre de Patrick sensé repartir vers 1h du matin. Arrivées sur la course, elles ont permis un « switch » (changement) libérant deux autres équipiers (Greg et Maïté) qui, à leur tour, sont allés à Flagsatff au motel dormir aussi en attendant Patrick, dès lors suivi de Rob, Anne-cécile et Sylvie, toutes deux nouvellement arrivées. Un peu compliqué je vous l'accorde (!), mais efficace pour permettre à quatre équipiers de dormir 5 h chacun ! Le rêve (!) en ces débuts de course où nous étions seulement 5, ce qui n'a pas été de tout repos avec la première nuit blanche de la veille qui avait fait des dégâts…

L'opération réussie, la situation était donc la suivante à 3h du matin : Aude et Jérôme dormaient, Greg et Maïté en route pour dormir, Anne-cécile, Sylvie et Rob dans le van, et Patrick… pédalait ! Car notre homme n'a finalement pas réussi à dormir, même s'il est resté deux heures au motel. Il est donc reparti vers la suite de ses aventures, mais toujours avec beaucoup de difficultés, son corps ne voulant pas répondre à ses volontés… Finalement, c'est toujours aussi exténué qu'il est parvenu à son objectif du matin : la TS 8 de Flagstaff, petite ville d'Arizona, perchée à plus de 2000 mètres d'altitude. Le petit-déjeuner collectif du matin (Pat est arrivé vers 10h30) n'a pas été sans animation avec cette nouvelle équipe renforcée, ce qui, de l'avis des 5 premiers présents, était un véritable soutien, un soulagement. Soulagé, Pat l'était en entrant dans le van pour se reposer afin de tenter une énième fois de s'endormir. Mais, si le soulagement physique était réel, le soulagement moral n'était pas au rendez-vous, bien au contraire… L'extrême fatigue, l'épuisement physique, l'atteinte morale lui ont fait se dégager des émotions que seule Anne-Cécile a pu gérer, sans doute avec des mots qu'aucun d'entre nous n'aurait été capable de lui susurrer… Un homme abattu malgré sa volonté de se battre est un homme sans défense, mais qui, paradoxalement, reste debout. Massé à nouveau, soigné, il est reparti vers 12h30 en direction de Tuba City, ce qui allait être son ultime étape…

Avec pourtant un profil descendant, la route vers la première ville Navajo sur le chemin de la RAAM n'a jamais permis à Patrick de sortir de ce marasme physique qui, depuis le début de la course, le prive d'énergie malgré sa hargne d'aller de l'avant. Si les longues descentes qui laissent Flagstaff et son paysage montagneux se transformer en canyon aride et rougeâtre à l'approche du territoire indien ont autorisé notre cycliste à tourner les jambes, les quelques montées qui parsemaient la route lui ont irrémédiablement rappelé combien ce sport est cruel, combien la souffrance l'accompagne, combien elle s'insinue durablement, subrepticement, pour finir telle une balane accrochée sur le flan d'un rocher de bord de mer : inextirpable. Quand pour ajouter à la dramaturgie d'un exploit inachevé, vous ajoutez une crevaison en signe de malchance, les dés vous semblent parfois pipés à l'avance. Cette fois-ci, ils ont fait tourner la roue dans le mauvais sens, au bonheur du diable qui rie…

À 17h40, à la time station 9 de Tuba City, Patrick a lâché prise, jeté les armes et laissé s'exprimer sa tristesse : dire « stop » est dur, dire « stop » n'est jamais l'apanage d'un sportif de très haut niveau, dire « stop » peut être critiquable ou critiqué, mais dire « stop » peut parfois avoir des allures de fierté qui renvoient de profundis le malin qui s'immisce. Et ce n'est non sans peine, non sans pleure, non sans amertume envers soi-même que Patrick a dit « stop ». La culpabilité que l'on peut ressentir envers ceux qui étaient là pour vous épauler, ceux qui étaient là pour vous aider, ceux qui étaient là pour vous aimer, ceux qui étaient là pour vous financer, ceux qui étaient là pour vous regarder et encourager est terrible chez un homme rempli d'humilité. Mais, pourtant, cette culpabilité n'a pas lieu d'être devant ce que cette course caresse d'inhumanité et de souffrance, d'abnégation et de sacrifice. Au contraire, le champion est aussi et surtout celui qui regarde sa défaite en face, en silence, et sait lui avouer qu'elle a gagné. C'est cette force intérieure qu'a eue ce soir Patrick, pour admettre et se soumettre, qui fait de lui un être profondément humain. Oui, ce soir, la RAAM a encore vaincu un adversaire, mais elle a fait gagner ce qu'un homme de 46 ans est peut-être venu chercher : la sagesse. Patrick Autissier est un homme courageux et généreux, sans doute ce soir un peu plus sage, et si cette fois-ci il n'a pas gagné, il est en vie et peut se regarder en face : il vit ses rêves.

Accordez-lui quelques jours pour prendre du recul, je suis sûr qu'il vous parlera de cette édition de la RAAM 2009 qui l'a terrassé, comme je suis sûr qu'il vous fera partager ce calvaire qui n'aura duré finalement que 50 heures durant lesquelles il n'aura dormi réellement que… 20 minutes. Certains abandonnent bien avant, certains bien après, mais tous ont vécu une aventure qui finalement a pour seule limite… soi-même. Je suis très fier ce soir, tout comme l'ensemble de cette équipe, d'avoir pu donner un peu de mon temps à ce projet et je remercie encore de tout cœur Patrick de nous avoir confié les rennes de sa course à travers l'Amérique. Merci aussi à vous tous de l'avoir suivi, d'avoir cru en lui et de l'avoir toujours supporté. Je suis persuadé que, comme nous ici au beau milieu de l'Arizona, vous ne lui en voulez pas, bien au contraire… Mon encre s'assèche ici dans cette nuit durant laquelle, j'en suis convaincu, je danserai avec Morphée…

 

Bonne nuit à vous toutes et tous, à bientôt peut-être…


Ps : Une fois n'est pas coutume, je profite de ma plume pour embrasser ma fiancée…

Ps 2 : j'en profite aussi pour vous dire qu'un merveilleux film est sorti sur la RAAM, il s'appelle « Bicycle dreams » et si vous voulez le commander, vous pouvez envoyer un mail à Patrick qui vous donnera directement les coordonnées du réalisateur…

Ps 3 : jamais deux sans trois, le livre que j'ai commencé de rédiger en 2007 sur cette fabuleuse aventure est presque fini et a peut-être trouvé un éditeur (lepasdoiseau.com)… Allez faire un tour sur ce site, ils ont une collection dédiée au monde du vélo. Une sortie au printemps 2010 ? À suivre…


Bien à vous tous,

Jérôme.

Friday, June 19, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Congress, AZ

Jeudi 17 juin 09, 13h05

Bonjour à tous,

Vous avez déjà vu un petit homme courbé sur son vélo, non pas pour gagner de la vitesse mais simplement écrasé par le poids de la chaleur ? Eh bien c'est exactement ce qui se passe à ce moment même où nous suivons Pat dans le désert de l'Arizona ! 45° à l'ombre, imaginez au soleil… Seuls les cactus en rigolent ! Mais pas nous, encore moins notre pauvre ami qui, je vous l'assure, a un début de RAAM bien difficile. Mais revenons à la fin de journée d'hier pour que vous compreniez mieux le déroulé de ces premières 24 heures.

Nous avons rattrapé Pat après la TS 1 qu'il a eu bien du mal à rejoindre, ce qu'il nous a traduit par « j'ai jamais commencé une RAAM aussi mal ! ». En effet, les premiers 54 miles ont été l'enfer, puisqu'il a littéralement collé à la route ! Autrement dit, il n'avançait pas et c'est en surmontant sa souffrance qu'il a fini par se mettre tout doucement dans la course, physiquement et mentalement. Rapidement bon dernier, il a fort heureusement commencé à rouler vers la fin de journée jusqu'à atteindre la TS2 à minuit en commençant à rattraper quelques concurrents. Un premier arrêt « test » pour toute l'équipe qui a correctement passé son examen d'entrée. Et 17 minutes plus tard, le bonhomme était reparti dans une nuit chaude vers son objectif suivant, la time station 4, en cohérence avec sa stratégie : un arrêt toutes les deux TS… Maïté, Rob et moi-même l'avons suivi toute la nuit, notre jeune équipière espagnole assurant un maximum pour sa première nuit au volant.. qui n'était pas sans surprises ! En effet, le premier incident a eu lieu en pleine ligne droite montante où, lorsqu'il a voulu changé de vitesse pour se faciliter la grimpette, sa chaîne s'est bloquée entre les deux plateaux avants. Quatre minutes de perdues ! Mais ce n'était pas tout car vers 2h du matin, c'est moi-même qui, au co-pilotage, ait commis une erreur d'aiguillage en engageant notre champion sur une bretelle d'autoroute plus tôt que prévu ! Encore huit minutes de perdues le temps de le remettre dans le bon chemin ! Mea Culpa !! Malgré tout, Patrick « avait la caisse » et a super bien négocié sa nuit, jusqu'à l'aube où, malheureusement, juste avant l'arrivée à la TS 3, il a vomi tout ce que pouvait contenir son estomac ! C'est donc fatigué qu'il est reparti de cette même time station 3 à 6h du matin pour rejoindre, non sans difficulté à nouveau, son objectif  du matin : la TS 4 à 10h35… Une heure d'arrêt n'a pas pour autant requinqué notre homme et depuis, je dois avouer que c'est très très très difficile. La chaleur l'étouffe, il ne trouve pas ses jambes, il n'arrive pas à se mettre dans un rythme.

D'ailleurs à l'heure où je vous parle, il est devant nous (je suis avec Aude et Greg dans le van suiveur) en train de se battre avec un col (Yarnell Grade) pas très long mais d'autant plus dur qu'il fait 40°, après un nouvel arrêt d'une heure à la time station 5 (alors qu'il n'y avait pas d'arrêt prévu…) pour essayer de rebooster la machine. Je dois avouer que les scénarios que nous venons de faire avec Rob vis-à-vis de l'étape éliminatoire (il doit être à Taos dans le nouveau Mexique avant dimanche 15h) sont pessimistes à ce rythme-là, voire difficilement réalisables… Mais on garde le moral, on y croit, et pour connaître « l'animal » qui sommeille en lui, je sais qu'il est capable de nous surprendre grandement. Et puis dans quelques heures, son amoureuse sera parmi nous, alors nous sommes sûrs que le moral va aller crescendo... L'amour donne des ailes, non ? (et des jambes ??) (Moi j'en suis sûr…). 

Allez Pat, montre nous encore une fois que tu en as dans le ventre et que c'est juste un passage à vide ce début de course. On est avec toi !!

Et vous chers amis, à très vite pour d'autres brèves de cette RAAM qui est, je vous le rappelle, la course de vélo la plus dure au monde !!!


Bonne soirée ou nuitée ou journée selon votre coin du globe…

Jérôme

Thursday, June 18, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Jour 0

Mercredi 17 juin 2009, 16h10

 

Chers amis bonjour !

 

À l'ombre d'un arbre en bord de route, non loin de Lake Hanshaw, première « time station » (traduisez : point de contrôle) de la course, Maïté et moi-même attendons le premier passage de Patrick… après avoir subi une invasion de Crickets (des milliers !!) à ladite time station !! Ça commence fort ! Car comme vous le savez tous désormais, le départ a été donné ce matin à Oceanside ! 12h41 pour être précis en ce qui concerne notre ami, qui s'est élancé en grande pompe sur la zone de départ en « avant avant dernière position », le départ étant donné toutes les minutes. Tous les coureurs avaient 8 miles à parcourir en « parade » dans la ville avant d'être « lâchés » dans cette course folle où, rappelons-le, les règles sont simples : le premier arrivé gagne ! Facile, non ? Donc, moins on s'arrête, et moins on perd de temps, donc moins on dort et plus on avance…


Vous l'avez compris, les clés de la réussite sont dans la gestion du « non sommeil », où comment pédaler ad infinitum… À ce petit jeu, Juré Robic, Slovène de son état, est le plus fort depuis quelques années puisqu'il a remporté la course 4 fois, notamment en 2007 en ne dormant que 11 heures en 8 jours !! Essayez pour voir l'effet que ça fait ! Certains diraient : « c'est du délire ! ». Ils ne croient pas si bien dire puisque quasiment tous les coureurs passent par cette phase d'hallucinations, confondant la réalité avec le virtuel par manque de sommeil. On appelle ça en anglais « delution »… Espérons que Patrick, qui en a vécus en 2007, n'en subira pas trop cette année. Imaginez-vous en plein délire en ne sachant plus si vous êtes dans votre salle de bain ou votre salon, si vous vous brossez les dents ou si mettez vos chaussettes ! Juré Robic en 2005 a cru qu'il était en pleine guerre avec des soldats partout (ses équipiers !) qui essayaient de le tuer !! (En même temps, il est militaire de carrière, alors…). Oui, c'est aussi ça la R.A.A.M. !


Mais nous n'en sommes pas là, puisqu'il y a à peine 4 heures que Patrick roule avec, dans le van derrière lui, Rob, Greg et Aude, ces deux derniers étant déjà acclimatés à la course, à la route, à l'équipe, à Patrick, bref d'authentiques équipiers modèles ! La stratégie mise au point pour cette édition est de s'arrêter toutes les deux « times stations » afin de se regrouper, changer les équipes, et faire reposer la « machine » pour Patrick : massage, repas, contrôle médical et ça repart ! Pour le moment, aucun point précis d'arrêt n'a été défini pour son premier « stop sommeil », puisque nous ne savons pas vraiment quand il sera suffisamment épuisé pour tomber de fatigue… Affaire à suivre. Mais je ne manquerai pas de vous tenir au courant bien évidemment, en essayant de vous donner le plus de détails possible, sachant aussi qu'il faut que nous trouvions des points Internet avec WIFI pour mettre à jour le site. Et ce n'est pas toujours facile. J'espère que vous serez indulgents sur les délais… Merci d'avance !


À ce propos, quelques photos ont déjà été publiées, j'espère que vous y avez tous accès, car j'avoue que les trois jours passés à « La Jolla » chez Ami et Pat ont été des plus agréables même s'il a fallu préparer la course. Je ne vous ferai pas pâlir d'envie, bien sûr, en vous disant que la maison en bord de mer avec vue sur le Pacifique était splendide et que nous avons même pu prendre un bain de mer hier… Tout cela est désormais derrière, restons concentrés sur la course… Nous sommes excités du départ et Patrick a l'air en forme, tranquille comme à son habitude. Le climat est favorable puisqu'il fait beau et pas trop chaud à l'approche du premier désert vers lequel il descendra en fin d'après-midi. Autrement dit, RAS pour le moment… Exceptés les crickets (espérons que Patrick n'en mange pas trop !!). Demain soir l'équipe sera renforcée par l'arrivée de Anne-Cécile et Sylvie, toutes deux impatientes de nous rejoindre, tout comme elles seront un soulagement pour nous qui ne sommes que 5 pour le moment… Mais tellement plus nombreux grâce à vous qui nous suivez de France, d'Espagne (Olà Maïté !), des Pays-bas ou des USA, de Guadeloupe ou du Canada, d'Afrique ou d'Australie, finalement du monde entier (c'est beau le progrès !) ce qui est un véritable encouragement, mieux encore, un  équipier de plus !

 

Merci encore d'être là et à très bientôt pour de nouvelles aventures Across America !

 

Jérôme

 

 

PS : Maïté écrit aussi des newsletters en Anglais pour ceux qui maîtrisent la langue de Shakespeare, ce qui vous donnera encore plus d'informations et un point de vue différent…
Merci pour vos messages de soutien. N'oubliez pas de consulter le site de Patrick  patrickautissier.org 

Tuesday, June 16, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Jour - 1

La Jolla, CA,

Et ben voilà, on y est ! Je suis sur le point de m'embarquer dans mon dernier voyage en solo sur la RAAM à travers les USA. Pas besoin de vous dire que je suis assez tendu en ce moment. Cependant, dès qu'on commencera à rouler demain à 15h41' heure de Boston (21h41', heure francaise), toute l'angoisse sera partie, il ne restera seulement devant nous juste...4900 Km de routes ouvertes, de fantastiques paysages,  beaucoup de rigolades, de douleur, de doutes, de pleurs, parfois tout cela dans la même heure, mais par dessus tout 4900 km de total inconnu. Meme si je peux me considérer comme un vétéran de la RAAM après avoir fait la course 3 fois, chaque année est différente, et je n'ai absolument aucune idée de ce que la RAAM me prépare cette fois encore. Mais c'est la beauté et l'intérêt de cette course. J'ai l'impression d'être dans la peau d'un chercheur d'or pendant la ruée vers l'Ouest américain, mise à part que nous allons vers l'Est et que notre or est la ligne d'arrivée d'Annapolis dans le Maryland. Et j'ai tellement hâte de démarrer cette unique voyage vers l'inconnu.

Rien n'aurait été possible sans le soutien de beaucoup de personnes. J'aimerais remercier mes sponsors, TV5 Monde, Cytek, Redbones, Spiz, Avis, RaceDayWheels, ATA Cyles, et le Consulat Général de France à Boston. Mon équipe d'assistance va m'aider dans ce voyage incroyable et ils sont au moins aussi excités que moi. Avant de les rendre dingue, j'aimerais remercier Rob, Jerome, Greg, Maite, Aude, Sylvie, Anne-Cecile et Camille. Même si je serais le seul à pedaler, la RAAM est une course d'équipe et je suis sûr que j'ai une super équipe encore cette année. J'aimerais aussi remercier Amy et Pat pour nous avoir accueilli si gentiment dans leur magnifique maison surplombant le Pacifique à La Jolla en Californie. Etre ici les derniers jours avant le départ de la course fut un réel plaisir pour nous tous.

Réaliser ces rêves est le moteur de ce projet. Je suis un homme heureux et la vie a été bonne pour moi jusqu'à maintenant. J'ai une famille fantastique, 2 enfants en pleine santé, un travail, en gros je ne peux pas demander plus. Cependant, quand je regarde en dehors de mon petit cercle famillial, la vie est dure pour beaucoup de gens, et si à travers mes rêves, je peux les aider, même un petit peu, je serai une meilleure personne.

S'il vous plait, allez sur mon site web à www.patrickautissier.org et considerez faire un don pour Partners In Health ou Nashoba Learning Group.

C'est ma dernière newsletter car je serai un peu occupé pendant les 10 - 12 jours qui viennent. Mes équipiers vont essayer de poster des newsletters, des photos, vidéos et des données scientifiques pendant la course. Je sais que les liens postés sur ma page d'accueil ne marchent pas pour les MAC, donc voilà les liens:

Aller sur www.patrickautissier.org et pour:

Newsletters: Cliquer sur la page web blog
Photos: Cliquer sur la page web Photos
RAAM Website: Cliquer sur la page RAAM et aller sur live coverage
Table données: Cliquer sur le graphe posté en page d'accueil

Merci pour votre soutien,

Patrick
Numéro Dossard # 302

Monday, June 15, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Jour - 2

Jeudi 11 juin 2009, 10h00.

Chers amis, chères familles, chers cyclistes, chers tous finalement, bonjour !

 C'est avec un plaisir non dissimulé (youpi !) que je reprends la plume pour vous commenter du mieux possible cette nouvelle édition de la « RAAM » (traduisez : « course de vélo pour ceux qui aiment se faire mal »), avec toujours aux commandes Patrick, notre franco-bostonien préféré. Il m'a accordé à nouveau sa confiance et j'en suis tout à fait honoré, en espérant qu'il ne regrettera pas son choix ! À ce propos, il me faut vous présenter brièvement le nouveau groupe 2009, indéniablement un bon cru !

Comme indiqué ci-dessus, pas de changement pour celui qui pédale, notre homme s'attaque à sa quatrième RAAM, la troisième en solo. Mais promis, a-t-il dit à sa femme, c'est la dernière ! Pour l'accompagner, le crew chief (chef d'équipe) est inchangé aussi, c'est Rob, notre ami et néanmoins médecin Américain qui, malheureusement, quittera la course trois jours après le départ pour raison professionnelle. Il sera alors remplacé dans sa fonction par moi-même, sur proposition de Patrick et acceptation des autres membres d'équipe (sans doute le privilège de l'expérience… Aie aie aie !). Un autre médecin est dans l'équipe, Aude, qui est arrivée de Guadeloupe lundi soir et qui, à ce moment même, conduit le van, direction Chicago, Denver, Las Vegas, puis San Diego. À ses côtés, Greg lui sert de co-pilote. Il est arrivé également lundi, de Montpellier, et sera chargé particulièrement de la vidéo. Nous sommes partis tous les trois ce matin de Boston pour emmener l'un des deux vans sur la côte ouest, ce qui devrait nous prendre 2 jours en roulant… non-stop ! Pour nous, la course a commencé pendant que Patrick se repose au maximum avant THE départ (souvenez-vous de mon anglais légendaire !). Nous serons rejoints là-bas par Patrick bien sûr, Anne-Cécile, sa femme, Sylvie (toutes les deux étaient déjà présentes en 2007), Rob donc, ainsi que Maïté, étudiante en psychologie clinique qui fera des tests de mémoire sur Patrick, puis, à la mi-course, à Wichita, Camille, professeur de Français à Boston. En support Internet, Nadège qui est restée sur Boston, nous donnera des indications météo, les adresses des motels, et updatera le site avec les photos, les vidéos et les newsletters que nous lui enverrons au fur et à mesure de la course. L'expérience des années précédentes nous a montrés qu'une aide technique à distance pouvait être d'un bon secours en allégeant les tâches des équipiers durant la course elle-même. Voilà donc cette équipe, très féminine notez-le, qui tentera d'aider au mieux son coureur qui, lui, désire pour cette dernière épreuve battre son record de 2007 (12 jours, 5 heures et 34 minutes). Suspens… Alors faites vos jeux !

Comme à chaque fois, Patrick pédale pour une juste cause en essayant de récolter des fonds pour deux associations caritatives sur lesquelles vous pouvez trouver sur son site www.patrickautissier.org toutes les informations nécessaires. Alors n'hésitez pas à faire un petit geste, c'est aussi ça l'intérêt de sa participation à cette incroyable course dont le départ officiel sera donné d'Oceanside mercredi 17 juin à 12h40, heure locale (3 heures de décalage avec Boston), direction Annapolis, ville voisine de Washington, quelque 3000 miles plus loin, soit 4900 kilomètres !

Mais je ne vous en dis pas plus pour aujourd'hui, il s'agissait juste de reprendre contact avec vous tous qui pouvaient, bien entendu, envoyer des mails d'encouragement à Pat (allez, soyons familiers, nous sommes entre amis !). Nous vous attendons nombreux sur son site…

 

À très bientôt donc,

Jérôme


Dimanche 16 juin 09, 1h27..

Bonsoir à tous,

 Un petit mot pour vous dire que nous sommes enfin arrivés à « La Jolla », charmante bourgade de la côte ouest, proche d'Oceanside où Amy et Pat, des amies de Patrick, nous accueillent volontiers en attendant le départ de la course mercredi. Patrick est arrivé en avion avec Maïté, après 6 heures de vol, alors que nous avons mis 4 jours en van !! Privilège du champion qui devra le faire à son tour en moins de 12 jours et 5 heures, rappelons-le ! Chacun son tour…

Pour autant, pas de regrets pour nous, c'était un merveilleux voyage avec des paysages vraiment différents ! Cleveland, Chicago, Des Moines, Denver, Las Vegas, que de villes traversées et que d'états aussi : Pennsylvanie, Ohio, Indiana, Illinois, Iowa, Nebraska, Colorado, Utah, Nevada, Californie… Oui, l'Amérique est définitivement un magnifique pays… et nous chanceux d'en profiter malgré les quelques 3300 miles (traduisez : 5300 kilomètres !).

Le programme des deux prochains jours est à la préparation ultime : mettre aux normes de sécurité les deux vans selon les procédures de l'organisation de course, organiser l'intérieur des véhicules en fonction des besoins, préparer quelques menus pour les premières heures de course, affiner notre stratégie de course en fonction du règlement et de notre propre fonctionnement, etc. Bref, pas de quoi s'ennuyer, la RAAM est une épreuve terrible qu'il faut préparer avec soin afin de mettre toutes les chances de son côté.

Rob nous rejoint demain soir, Patrick a une séance photo le matin à 11h avec l'organisation de course (la classe !), et probablement une interview dans laquelle il ne manquera pas d'afficher son optimisme et ses objectifs avec lesquels nous sommes tous solidaires ! Mais je suis sûr que vous faites aussi partis de ceux qui croient en son épreuve, alors n'hésitez pas à communiquer votre plaisir de suivre de près ou de loin cette aventure… Faites comme moi pendant les douze prochains jours, ne dormez que d'un œil ! D'ailleurs, en parlant d'yeux, je vais aller éteindre les miens pour ne pas prendre trop de sommeil en retard… Je me demande même si ce n'est pas déjà fait. Bizarre cette impression de « déjà vécu », non ?

 

Allez, bonne nuit les amis !

Jérôme

Ps : le site est à jour, il y a des liens pour tout voir et tout savoir… Profitez-en ! 

Saturday, June 13, 2009

[RAAM 2009 - Patrick Autissier] Jour - 4

Les dernières nouvelles...

LE DIRECT LIVE COMMENCERA LE 15 JUIN...
Boston, 13 Juin 2009 (Jour - 4)

Je vais prendre l'avion pour la Californie demain matin, donc c'est la dernière fois que j'ai l'occasion d'updater mon site. A partir de lundi, vous pourrez suivre nos progrès chaque jour en cliquant sur les différents liens sur ma page d'accueil à www.patrickautissier.org. Comme vous le voyez, c'est assez simple. Nous allons essayer de poster chaque jour une newsletter, des photos, une table de données, peut--être des vidéos, et l'organisation de la RAAM fournira les informations de la course.

J'espère que vous allez apprécier la course comme je vais le faire. Et n'oubliez pas de faire une donation à Partners In Health ou Nashoba Learning Group.



REPONSE IMMUNITAIRE A L'EPUISEMENT PHYSIQUE
Boston, 13 Juin 2009 (Jour - 4)

En definitive, je vais faire l'étude scientifique que je n'ai pas pu faire en 2007. L'idée est d'étudier les cellules immunitaires pendant un stress extreme, physique et mental. Très peu de challenges sportifs dans le monde peuvent aller au-delà de ce que la RAAM impose aux coureurs. Un cycliste solo doit rester sur le vélo pendant un minimum de 20 heures par jour, il ne dort que 2 heures en moyenne, doit supporter des changements de températures passant de 45C à 5C, à des hallucinations, doit manger au moins 10.000 calories par jour, et grimpe l'équivalent de 4 Mont Everest pendant la course. En plus de cet énorme challenge physique, le niveau de stress va encore plus haut, à cause des constants dangers qu'offre une route ouverte comme les trous, les 38 tonnes, et les animaux qui s'amusent à traverser devant les roues du vélo (ça m'est arrivé en 2007 et j'ai failli finir par terre !). Enfin, la peur de ne pas finir la course hante chaque coureur. La RAAM solo est conçue pour tester l'absolue limite physique et mentale d'une personne.

Vous aurez une idée de mon statut immunitaire, aussi bien que des données sanguines (Hematocrite, RBC) pendant la course. Mon docteur me prendra du sang au Jour 0, 1, 5, 7 et 8 de la course et enverra le sang par FedEx à mon labo de Boston College et mon ancient labo à Beth Israel Hospital. Boston College réalisera une étude complexe de cytometrie de flux qui ne sera pas disponible pendant la course. Par contre, Beth Israel fera une CBC (Compte de cellules du sang) et les données seront postées sur mon site Internet, avec aussi une table récapitulant chaque jour le temps de sommeil, le temps sur le vélo, etc...J'ai déjà collecté des données avant le depart, et je ferai la même chose après la course pendant la période de repos.

Regardez sur la page d'accueil de www.patrickautissier.org les résultats déjà collectés

Personne n'a fait ce genre d'études, et je suis assez stupide pour m'être porté volontaire. Oh well !!!

Merci de votre soutien,

Patrick
Dossard # 302